(Ottawa) Après avoir fait preuve d’une inhabituelle discrétion sur les enjeux linguistiques lors des travaux parlementaires l’automne dernier, le NPD entame ceux de l’hiver en pressant le gouvernement de moderniser sans plus tarder la Loi sur les langues officielles.

Mélanie Marquis Mélanie Marquis
La Presse

Le dirigeant néo-démocrate Jagmeet Singh a rédigé avec son chef adjoint Alexandre Boulerice une lettre à l’intention du premier ministre Justin Trudeau afin de lui faire part de leurs attentes à ce chapitre, plaidant que la crise de la COVID-19 a « mis en lumière des lacunes flagrantes en matière d’équité linguistique ».

Dans cette missive datée du 2 février, que La Presse a pu consulter, les deux hommes ajoutent que « les communautés francophones en situation minoritaire et la nation québécoise se sont vues confrontées à une réduction de l’accessibilité aux services essentiels ».

Et les velléités libérales de déposer un livre blanc ou un document détaillant une vision sur l’avenir des langues officielles que la ministre Mélanie Joly a communiquées en novembre dernier sont loin de satisfaire le Nouveau Parti démocratique (NPD).

« Les communautés francophones de ce pays espéraient sincèrement le dépôt du projet de loi l’automne dernier et elles sont, comme nous, profondément déçues d’apprendre que votre gouvernement déposera un livre blanc », se désolent les élus dans leur lettre.

Ainsi, le NPD demande au gouvernement libéral « d’agir maintenant en déposant de toute urgence le projet de loi de modernisation de la Loi sur les langues officielles », vantant au passage « la longue tradition d’appui » du parti envers la promotion de la dualité linguistique.

Une tradition qui ne s’est toutefois pas manifestée à la Chambre des communes l’automne dernier, même si, à la faveur d’une bourde de la libérale Emmanuella Lambropoulos, le dossier s’était retrouvé au cœur des échanges entre parlementaires, malgré la pandémie.

« Un peu tard »

Dans les banquettes conservatrices et bloquistes, on en a fait ses choux gras, multipliant les attaques contre le gouvernement. Ce ne fut pas le cas du NPD – le parti a cependant moins de questions en Chambre, étant relégué au rang de troisième opposition.

« C’est encourageant de voir le NPD revenir sur l’enjeu, mais ça me semble un peu tard. Le temps d’agir, ça aurait été avant le temps des Fêtes, alors qu’il y avait une pression des conservateurs et du Bloc québécois », soutient la politologue Stéphanie Chouinard.

La professeure adjointe au département de science politique du Collège militaire royal de Kingston estime que le caucus, affaibli par les résultats du scrutin de 2019, peine à porter le dossier comme le faisait jadis le Néo-Brunswickois Yvon Godin.

Dans le discours du Trône lu en septembre dernier par l’ancienne gouverneure générale Julie Payette, le gouvernement fédéral s’était avancé comme rarement auparavant en reconnaissant la « situation particulière » du français.

La ministre Joly a reçu la tâche de « déposer un projet de loi en 2021 pour moderniser et renforcer la Loi sur les langues officielles et améliorer ses politiques et programmes d’application » dans la lettre de mandat que lui a préparée Justin Trudeau. En coulisses, on assure que l’objectif est de le faire avant les élections.