(Ottawa) Frustré du refus des dirigeants du Parti conservateur de suspendre la course au leadership alors que la crise de la pandémie de la COVID-19 prend de l’ampleur, un des candidats de la course, Rudy Husny, refuse de prendre part aux événements « virtuels » destinés aux membres du parti.

Joël-Denis Bellavance Joël-Denis Bellavance
La Presse

« Je suis toujours d’avis que ce n’est pas le moment de faire campagne, virtuellement ou par d’autres moyens », a lancé M. Husny dans une déclaration au ton critique.

« Je n’ai pas le cœur d’appeler nos membres pour leur demander d’appuyer ma nomination et de financer ma campagne durant cette crise nationale. Je ne serais pas fidèle à mes valeurs si je continuais cette campagne », a-t-il ajouté.

Cela veut dire que M. Husny pourrait ne pas respecter le prochain échéancier fixé par le comité organisateur, soit de soumettre les signatures qui manquent pour atteindre le nombre magique de 3000 appuis et le versement d’un autre dépôt de 150 000 $ pour les frais d’inscription au plus tard le 25 mars.

Et cela pourrait dire qu’il pourrait être écarté comme candidat dans cette course.

« La priorité des Canadiens, partout au pays, c’est aujourd’hui leur santé, la santé de leurs proches et leur sécurité financière. Comme je l’ai dit, la politique peut attendre, notre santé ne le peut pas », a dit M. Husny, un ancien proche collaborateur de Stephen Harper et le seul Québécois dans la course.

« Si le Parti conservateur du Canada veut me disqualifier le 25 mars prochain pour avoir été fidèle à mes valeurs en refusant de faire campagne durant cette pandémie, je quitterai cette course sans regrets, car je crois que c’est la bonne chose à faire et celle qui démontre un véritable leadership », a-t-il ajouté.

Si tel devait être le cas, M. Husny demande au Parti conservateur de remettre la somme de 25 000 $ de coût d’entrée de la course qu’il a déboursée à la Croix-Rouge canadienne « qui aide les Canadiens pendant cette crise ».

Jusqu’ici, le comité organisateur de l’élection du chef (COEC) a fait la sourde oreille à certains candidats qui réclamaient une interruption des hostilités en raison du contexte actuel.

« À ce jour, le COEC et le parti sont convaincus que toutes les règles, dates clés et étapes peuvent être respectées pour continuer la course », a déclaré par voie de communiqué le directeur des communications du parti, Cory Hann, lundi.  

« En tant que parti d’opposition officielle du Canada, nous avons un rôle important à jouer en matière de démocratie. Nous devons à la population canadienne d’élire le chef ou la cheffe de la loyale opposition de Sa Majesté dans les délais que nous avons annoncés », a-t-il ajouté.

On apportera toutefois certains aménagements : par exemple, les deux débats ne se tiendront pas devant public. Les joutes oratoires du 17 avril (en anglais) et du 23 avril (en français) seront diffusées en direct sur le web.

Une autre qui brigue la succession d’Andrew Scheer à la barre du parti, l’élue ontarienne Marilyn Gladu, a aussi demandé la suspension de la course.

Les deux présumés meneurs de la course, Peter MacKay et Erin O’Toole, ont tous deux choisi de se tenir à l’écart des foules et de privilégier le téléphone et les réseaux sociaux pour faire campagne, mais ils n’ont pas mis fin à leurs activités de financement. Leurs équipes continuent à faire parvenir des courriels pour solliciter des dons sur une base régulière. Le comité est coprésidé par l’ancienne députée et ministre conservatrice Lisa Raitt, qui a été battue aux dernières élections, ainsi que par Dan Nowlan, qui avait supervisé la plus récente course à la direction, en 2017.

-Avec Mélanie Marquis