(Ottawa) Renonçant à son voyage à la Barbade, le premier ministre fédéral Justin Trudeau a convoqué pour lundi matin une réunion du Groupe d’intervention en cas d’incident à laquelle participeront de nombreux ministres, dont Marc Miller (Services aux Autochtones), Bill Morneau (Finances) et Marc Garneau (Transports) afin de trouver une solution aux perturbations ferroviaires qui paralysent une partie de l’économie du pays

La Presse canadienne

M. Trudeau a consulté des ministres tout au long du week-end afin de trouver une solution à cette crise.

Des manifestants ont installé des barrages sur des voies ferroviaires importantes pour protester contre un projet de gazoduc qui traverserait le territoire ancestral des Wet’suwet’en, dans le nord-ouest de la Colombie-Britannique, et auquel s’opposent les chefs héréditaires de cette Première Nation.

La voie ferrée à Saint-Pascal, dans le Bas-Saint-Laurent, a notamment été bloquée pendant quelques heures, en début d’après-midi dimanche, selon ce qu’a rapporté la Sûreté du Québec.

En fin d’après-midi, VIA Rail a annoncé que les services demeuraient interrompus pour l’ensemble de son réseau à l’exception de la ligne Sudbury-White River et Churchill-The Pas.

PHOTO LARS HAGBERG, LA PRESSE CANADIENNE

Le ministre des Services aux Autochtones Marc Miller (à gauche) s’est rendu à Tyendinaga samedi pour discuter avec des représentants de la nation mohawk.

Un barrage ferroviaire installé il y a une dizaine de jours, sur le territoire mohawk de Tyendinaga, à l’est de Belleville, en Ontario, a amené le Canadien National (CN) à interrompre le service jusqu’à nouvel ordre.

Une porte-parole du premier ministre, Chantal Gagnon, a indiqué que M. Trudeau avait notamment parlé dimanche avec sa vice-première ministre Chrystia Freeland, le ministre des Transports Marc Garneau, le ministre de la Sécurité publique Bill Blair et la ministre des Relations Couronne-Autochtones Carolyn Bennett.

Mme Gagnon a ajouté que le ministre des Services aux Autochtones avait mis M. Trudeau au courant des échanges survenus lors de sa rencontre de samedi avec des représentants de la nation mohawk, près de Belleville. Elle n’a toutefois pas précisé ce que M. Miller avait dit au premier ministre.

Le gouvernement Trudeau a fait l’objet de maintes critiques pour ne pas avoir agi suffisamment pour déloger les manifestants.

En entrevue à l’émission « Les coulisses du pouvoir » de Radio-Canada, dimanche, M. Miller a affirmé que le dialogue est préférable à une intervention musclée.

« On le sait tous, quand les voies de communication se ferment, c’est là où ça barde, a-t-il fait valoir. On est dans un pays non réconcilié. Force est de constater ce fait. »

M. Miller a reconnu que les barrages ferroviaires nuisaient à l’économie, mais il a réitéré que le gouvernement préconise une résolution pacifique.

« C’est clair que le Canada en entier souffre, a-t-il relevé. Mais ce que je me demande aussi, en tant que citoyen canadien, c’est comment réglons-nous cet enjeu très profond de notre identité, qui ne va pas disparaître du jour au lendemain ? »

Le chef de Tyendinaga, Donald Maracle, a dit qu’il n’avait pas été impliqué dans les discussions de samedi. Il a refusé d’exprimer un commentaire à ce sujet. Des membres de la Première Nation ont aussi refusé de commenter.

Karen Brant, une résidente non autochtone de Tyendinaga, a dit que si la population était contre le projet de gazoduc, elle était plus divisée sur l’idée d’ériger un barrage sur une voie ferroviaire.

« Les gens croient en leur combat. Ils s’interrogent seulement sur les répercussions sur l’économie, a-t-elle relaté. Les gens sont divisés à mon avis, mais ils croient en leur cause et ils veulent lutter pour leur cause. »

Elle a ajouté que l’enjeu avait rassemblé les populations, faisant valoir que des personnes tant autochtones que non autochtones étaient venues apporter des couvertures, des articles de toilette et des repas chauds aux manifestants.

« Cela a rassemblé la communauté. [Les manifestants] ont reçu le genre d’appui qu’on ne voyait jamais auparavant. Il est dommage qu’il faut se rendre à ce stade pour se faire comprendre. »

Rencontre à venir en Colombie-Britannique

Des membres de la Première Nation Gitxsan ont accepté de lever temporairement le barrage établi près de Hazelton, en Colombie-Britannique, en vue d’une éventuelle rencontre des chefs héréditaires des Wet’suwet’en avec des représentants des gouvernements fédéral et provincial.

Le cabinet du premier ministre Trudeau a confirmé que la ministre Bennett sera disponible pour commenter dès que les arrangements de la rencontre auront été complétés.

Toutefois, un des chefs héréditaires de la nation Wet’suwet’en a jeté un certain froid en disant que ses collègues et lui assisteront à la rencontre en qualité de témoins seulement.

Na’moks a expliqué que la rencontre avait été proposée par les Gitxsan voisins, mais que les chefs de la nation Wet’suwet’en accepteront l’invitation.

Le ministre des Relations avec les autochtones de la Colombie-Britannique, Scott Fraser, a annoncé qu’il représentera la province à l’occasion. M. Fraser doit rencontrer son homologue fédérale lundi, afin de rédiger une lettre à l’intention des chefs héréditaires réitérant leur désir de tenir des pourparlers.

Na’moks a déclaré que les chefs sont « prêts à aller de l’avant » pour dénouer l’impasse, tout en ajoutant qu’il est hors de question pour eux d’accepter le projet de Coastal GasLink.

« Notre réponse demeure la même : ce gazoduc ne traversera pas notre territoire. »