(Québec) Les « boss des bécosses » sont présents dans toutes les sphères de la société : un collègue zélé au travail, un inconnu autoritaire dans une file à l’épicerie, ou encore un conjoint ou une conjointe qui en sait long sur l’unique manière correcte de plier un t-shirt.

Gabriel Béland Gabriel Béland
La Presse

Mais depuis jeudi matin, les « boss des bécosses » ne seront plus bienvenus à l’Assemblée nationale du Québec ; ou plutôt, ils seront encore bienvenus, mais il sera interdit de les nommer.

Cette expression bien de chez nous, qui désigne toute personne qui manifeste un autoritarisme mal placé, vient d’être mise à l’index à l’Assemblée nationale. Elle vient d’être ajoutée à la liste des propos non parlementaires, après une petite passe d’armes entre la Coalition avenir Québec (CAQ) et Québec solidaire (QS).

PHOTO JACQUES BOISSINOT, LA PRESSE CANADIENNE

Manon Massé

« J’ai toujours pensé dans la vie qu’il y avait deux genres de leaders », a commencé la co-porte-parole de QS Manon Massé lors de la période des questions. Son intervention avait lieu dans le contexte du bâillon que le gouvernement envisage vendredi pour couper court aux débats sur le projet de loi sur les commissions scolaires.

« La différence entre les deux est une énorme différence, a continué Mme Massé. C’est la différence entre le leadership et l’autoritarisme, entre un chef d’État puis un boss des bécosses ou la différence entre un grand… »

L’élue de l’opposition a été interrompue par François Paradis, président de l’Assemblée nationale. « Il faut être prudent dans ce que l’on dit. Je vous ai demandé votre collaboration. Ce langage n’est pas souhaité ici, je vous le dis en toute collaboration », de s’indigner M. Paradis.

Le leader parlementaire de la Coalition avenir Québec (CAQ) a demandé au président de proscrire le terme et à Mme Massé de le retirer. « ‘Boss des bécosses’… on parle du premier ministre du Québec », a déploré Simon Jolin-Barrette.

Le président de l’Assemblée n’a pas hésité. « Mme la cheffe du deuxième groupe d’opposition, je vous demande votre collaboration, et de retirer ce propos. »

Mme Massé s’est défendue d’avoir directement visé le premier ministre, mais a tout de même accepté de retirer l’expression.

« Boss des bécosses » vient donc rejoindre « clown », « bouffon », « chien de poche », « visage à deux faces », « cocu des caquistes », « fin finaud » ou encore « Ti-Coune » dans la longue liste des propos non-parlementaires.