(Québec) François Legault est irrité du temps que passent ses ministres en commission parlementaire pour répondre aux questions des oppositions. « Actuellement, ce n’est pas efficace », a-t-il dit jeudi, promettant de réformer le parlementarisme.

Hugo Pilon-Larose Hugo Pilon-Larose
La Presse

Fanny Lévesque Fanny Lévesque
La Presse

Après avoir utilisé la procédure d’exception pour adopter rapidement son projet de loi sur la laïcité, celui réformant le système d’immigration et sa réforme d’Hydro-Québec, le gouvernement Legault imposera vendredi un nouveau bâillon, pour adopter cette fois-ci le projet de loi 40 sur la gouvernance scolaire.

« On a été élu en disant clairement qu’on voulait abolir les élections scolaires. […] Ça fait 70 heures qu’on en débat en commission parlementaire. Je pense qu’il est temps qu’on écoute les Québécois », a dit le premier ministre Legault, jeudi.

Les partis d’opposition dénoncent pour leur part l’utilisation d’un quatrième bâillon, rappelant que plusieurs amendements (s’étalant sur 167 pages) ont été déposés en début de semaine.  

« Ça démontre un trait de caractère du gouvernement. Il se croit tout permis, il fait preuve d’autoritarisme parlementaire, […] il croit que les Québécois vont tout laisser passer. Le réveil pourrait être brutal », a prévenu le chef intérimaire du Parti québécois, Pascal Bérubé.

La députée libérale Marwah Rizqy a dit trouver « très audacieux » le ministre de l’Éducation de taxer l’opposition de faire obstruction. « Sérieusement, même si tous les partis d’opposition et même si moi je me tais, lui seul va s’auto “filibuster” [obstruction parlementaire] », a-t-elle décoché.

« Il a lui-même amendé le tiers de sa loi. Si elle était si bonne que ça, sa loi, comment cela se fait-il qu’il n’arrête pas de déposer des amendements ? »

Québec solidaire maintient qu’il y a « certainement un moyen d’étudier » le projet de loi 40 en totalité. « Je trouve qu’on était constructif, qu’on collaborait. Le ministre a décidé de mettre fin à cette collaboration-là. Je ne sais pas pourquoi il est si pressé », a lancé la députée Christine Labrie. « C’est à lui de s’expliquer ! »

Le projet de loi sur réformant la gouvernance scolaire prévoit l’abolition des élections scolaires et la transformation des commissions scolaires en centres de services aux écoles. Les partis d’opposition reprochent à M. Roberge de présenter un volumineux projet de loi « fourre-tout » et d’être lui-même responsable de la longueur des travaux en raison d’un manque de préparation.

« Au rythme du blocage des oppositions, ça nous prendrait 1000 heures pour adopter le projet de loi. C’est ridicule ! On ne pourrait même pas le faire à l’intérieur de notre mandat », a réagi le principal intéressé, se défendant de tout reproche. M. Roberge a également écarté l’idée de scinder le projet de loi en deux, comme le propose Mme Rizqy.

Vers une réforme 

Mais François Legault estime que « l’arrogance vient des partis d’opposition ». « Ils savent très bien qu’on est un gouvernement majoritaire ! », s’est-il exclamé. « Passer des jours et des jours et des jours à répéter les mêmes arguments, je pense qu’un moment donné, il faut une certaine efficacité », a-t-il dit.  

Le premier ministre a mandaté son leader parlementaire, Simon Jolin-Barrette, de préparer une réforme du parlementarisme. « On va proposer beaucoup de changements dans le fonctionnement [du parlementarisme] sans enlever du pouvoir aux députés de l’opposition. Ça va empêcher d’avoir des ministres qui sont pendant 60, 70 heures à répondre toujours à répétition aux mêmes questions », a dit M. Legault.