(Ottawa) Dans un geste sans précédent, la Chambre des communes condamne à l’unanimité la décision de la Commission des libérations conditionnelles du Canada qui a mené à la mort d’une jeune femme de la région de Québec, Marylène Lévesque, qui aurait été assassinée par un détenu alors qu’il était en semi-liberté le mois dernier.

Joël-Denis Bellavance Joël-Denis Bellavance
La Presse

Le premier ministre Justin Trudeau et l’ensemble des ministres de son cabinet ont joint leur voix mercredi à celle du Parti conservateur, du Bloc québécois, du NPD et du Parti vert pour demander aussi au comité permanent de la sécurité publique de tenir des audiences sur les circonstances qui ont mené à la mort de la jeune femme.

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Marylène Lévesque

Le présumé suspect dans cette sordide affaire, Eustachio Gallese, avait obtenu une semi-libération de la Commission des libérations conditionnelles, notamment pour lui permettre de rencontrer des femmes « mais seulement afin de répondre à vos besoins sexuels ».

L’homme de 51 ans a été accusé du meurtre sans préméditation de Mme Lévesque, une travailleuse du sexe de 22 ans qui gagnait sa vie dans un salon de massage érotique à Québec. Le suspect s’était rendu de lui-même aux policiers quelques heures après avoir donné rendez-vous à la jeune femme dans un hôtel de Sainte-Foy.

Par un vote de 315 à 0, les élus ont donc entériné la motion présentée par le député conservateur de la région de Québec, Pierre Paul-Hus, qui talonne le ministre de la Sécurité publique Bill Blair à la Chambre des communes depuis une semaine pour obtenir des explications au sujet des ratés du système de libération dans cette affaire.

La semaine dernière, le ministre Blair a annoncé que la Commission des libérations conditionnelles et Service correctionnel Canada — deux organismes qui relèvent de son ministère — ont lancé une enquête conjointe afin de déterminer si les protocoles qui s’imposent ont été suivis avant d’accorder une libération conditionnelle à Eustachio Gallese.

La motion de M. Paul-Hus prévoit par ailleurs que le comité de la sécurité publique examine les changements qui ont été apportés par le gouvernement en 2017 au processus de nomination de la Commission des libérations conditionnelles et propose des recommandations afin de s’assurer « qu’une tragédie de ce genre ne se reproduise plus jamais ».

La motion du député conservateur a fait l’objet d’un débat toute la journée mardi à la Chambre des communes.

« La région de Québec, le Québec et maintenant le Canada sont consternés par cette histoire. N’oublions pas que Marylène Levesque a payé de sa vie cette permission octroyée à un prisonnier comme Eustachio Gallese », a affirmé mardi le député Pierre Paul-Hus.

« Ce drame m’a personnellement touché. Je suis incapable de comprendre pourquoi nous en sommes arrivés à une situation où un prisonnier en liberté conditionnelle pouvait avoir des relations sexuelles avec des femmes. C’est même une recommandation qui a amené cet homme à avoir des relations sexuelles, alors qu’il a tué son ex-conjointe en 2004 et qu’il a été condamné à la prison à vie en 2006 », a-t-il aussi affirmé.

Les libéraux auraient souhaité amender la motion du député conservateur, mais ont choisi de l’appuyer pour manifester leur indignation.

« On aurait préféré condamner la gestion de ce dossier-là. C’est d’ailleurs l’amendement qu’on a suggéré qui a été refusé par les conservateurs mais dans l’ensemble ce n’est pas suffisant pour nous faire rejeter la motion », a indiqué le député libéral Joël Lightbound.

 La motion adoptée par la Chambre des communes :

Que la Chambre : a) condamne la décision de la Commission des libérations conditionnelles du Canada qui a mené à la mort d’une jeune femme par un détenu alors qu’il était en semi-liberté en janvier de cette année ; b) donne instruction au Comité permanent de la sécurité publique et nationale de tenir des audiences sur cette affaire, y compris d’examiner les changements apportés par le gouvernement en 2017 au processus de nomination de la Commission, en vue de recommander des mesures à prendre pour veiller à ce qu’une tragédie de ce genre ne se reproduise plus jamais.