Cette histoire d’enquête pour harcèlement psychologique menée dans l’arrondissement de Côte-des-Neiges–Notre-Dame-de-Grâce me rend perplexe. Que faut-il comprendre de l’aveuglement dont fait preuve Sue Montgomery en protégeant sa directrice de cabinet ? S’agit-il d’un geste héroïque ? De l’obstination d’une orgueilleuse ? Que tente de nous dire l’ancienne journaliste devenue politicienne ?

Mario Girard Mario Girard
La Presse

Pour ceux qui n’auraient pas suivi cette saga, rappelons que le contrôleur général de la Ville de Montréal, à la demande de la mairesse de l’arrondissement de Côte-des-Neiges–Notre-Dame-de-Grâce, Sue Montgomery, et à la suite de signalements (ce ne sont pas des plaintes) provenant d’employés, a instauré une enquête en septembre dernier sur le climat de travail difficile qui règne depuis quelques mois dans cet arrondissement.

PHOTO PATRICK SANFAÇON, ARCHIVES LA PRESSE

Sue Montgomery, mairesse de l’arrondissement de Côte-des-Neiges–Notre-Dame-de-Grâce

Celle qui fait l’objet d’allégations de harcèlement psychologique de la part d’employés est la directrice de cabinet de la mairesse Montgomery, Annalisa Harris. On lui reproche son comportement autoritaire.

À la suite de cette enquête où une douzaine de personnes ont été rencontrées, il a été établi que nous étions face à un cas de harcèlement psychologique concernant deux employés.

Alain Bond, contrôleur général de la Ville de Montréal, a remis son rapport en décembre. Il a rencontré Sue Montgomery pour lui présenter les conclusions de l’enquête. On a dit à la mairesse qu’elle avait fait preuve « d’aveuglement volontaire ». On lui a aussi demandé de prendre les moyens nécessaires pour que ces comportements cessent le plus rapidement possible.

Qu’est-ce que Sue Montgomery a fait ? Rien. On l’a de nouveau rencontrée le 9 janvier dernier. On lui a confirmé que des documents (courriels) prouvaient qu’il y avait eu harcèlement psychologique de la part de sa directrice de cabinet. Elle a réaffirmé sa décision de maintenir en poste sa directrice de cabinet.

Pourtant, les conclusions du rapport de l’enquête s’appuient sur des définitions établies par la Loi sur les normes du travail. Pierre Durand, professeur à l’École de relations industrielles de l’Université de Montréal et chercheur dans le domaine de la santé mentale au travail, connaît bien cette loi.

« Il faut que la conduite soit vexatoire, humiliante, offensante ou abusive pour la personne qui la subit. En général, ce que l’on voit dans 90 % des cas, c’est un caractère répétitif. La présence de témoins contribue à rendre le climat de travail néfaste pour la victime. Mais en même temps, les témoins jouent un rôle important lorsqu’il y a enquête. »

À la suite d’autres interventions et devant l’inertie de la mairesse de Côte-des-Neiges–Notre-Dame-de-Grâce, la mairesse Valérie Plante a pris la décision d’exclure de son caucus celle qui a suscité beaucoup de commentaires l’an dernier en tricotant lors des réunions du conseil municipal. Sue Montgomery utilisait de la laine rouge lorsque des hommes s’exprimaient et de la laine verte lorsque les femmes prenaient la parole.

Ulcérée par la tournure des événements, Sue Montgomery répète aux journalistes que c’est parce qu’elle n’a pas eu accès à la preuve (on a lu pour elle les conclusions du rapport) qu’elle reste campée sur ses positions. Elle a aussi affirmé que si Valérie Plante a agi ainsi, c’est parce qu’elle pose trop de questions.

Cette réaction est absolument renversante. On se demande pourquoi Sue Montgomery défend à ce point cette directrice de cabinet qui a comme expérience d’avoir notamment travaillé au ministère des Affaires autochtones à Ottawa. J’ai d’ailleurs retrouvé une ancienne collègue d’Annalisa Harris. Celle-ci m’a parlé d’une jeune femme « douce, gentille et intelligente ». Elle a du mal à imaginer Annalisa Harris dans le rôle du bourreau qu’on lui prête actuellement. « J’ai vraiment du mal à Ia voir contrôlante », m’a dit cette ancienne collègue.

Ce portrait lisse, ce n’est pas du tout celui que m’a dressé une source au sein de l’arrondissement de Côte-des-Neiges–Notre-Dame-de-Grâce, qui qualifie le climat de « terrible » depuis l’arrivée d’Annalisa Harris.

Selon cette source, Sue Montgomery se plaignait constamment de la lenteur avec laquelle on traitait ses demandes. Elle a donc décidé d’embaucher comme directrice de cabinet Annalisa Harris.

La jeune femme a immédiatement eu l’entière confiance de Sue Montgomery. La mairesse disait à son entourage que lorsqu’Annalisa Harris demandait quelque chose, c’était comme si ça venait d’elle. Annalisa Harris a adopté un ton directif qui a rapidement eu pour effet d’irriter et de rendre malheureux certains employés.

Sue Montgomery défend sa directrice de cabinet en affirmant qu’elle dirige un arrondissement qui a longtemps été frappé par la corruption et qu’un important travail est à faire pour remettre les choses sur les rails.

« La priorité a toujours été que les employés puissent travailler dans un endroit sécuritaire, sans harcèlement psychologique, m’a dit Lionel Perez, conseiller d’Ensemble Montréal dans l’arrondissement de Côte-des-Neiges–Notre-Dame-de-Grâce. Au lieu de calmer le jeu, Mme Montgomery met de l’huile sur le feu. Ce n’est pas aux citoyens et aux employés de payer pour la croisade qu’elle veut mener. »

J’ai tenté de parler au contrôleur général de la Ville de Montréal, Alain Bond. On a complètement ignoré ma demande.

J’ai aussi tenté de m’entretenir avec Sue Montgomery, mardi. D’autant plus que La Presse a été sollicitée vendredi dernier par le responsable d’une firme de relations publiques.

J’aurais voulu parler avec Sue Montgomery du climat qui règne dans ses bureaux, de sa décision d’ignorer les conclusions de l’enquête et de sa directrice de cabinet Annalisa Harris. On m’a dit qu’il fallait que je formule ma demande auprès… d’Annalisa Harris. La réponse a évidemment été non.

Quand vous avez une mairesse d’arrondissement qui refuse de vous parler et une directrice de cabinet qui parle au nom de la mairesse et qui refuse que vous parliez avec la mairesse, je crois que l’on peut parler de liens tricotés serré. Très serré.

On peut aussi parler d’un pied de nez à la démocratie. Et d’un manque de respect à l’égard des citoyens.