(Québec) L’aspirant chef Alexandre Cusson veut chasser une fois pour toutes la « perception de corruption » qui selon lui afflige le Parti libéral du Québec (PLQ), mais aussi l’ensemble de la classe politique. Il s’engage à créer un poste de « directeur de l’éthique et de la conformité » au sein du parti afin de prouver aux électeurs que les mœurs ont changé.

 Tommy Chouinard Tommy Chouinard
La Presse

« Il n’y a aucune autre façon de s’en sortir que de dire qu’on va poser des gestes forts. Sinon on va traîner ça, on va traîner ça, on va traîner ça », a dit Alexandre Cusson dans une entrevue accordée à La Presse juste avant le lancement officiel de sa campagne, ce dimanche.

Ce lancement survient au terme d’une semaine marquée par le retour d’un spectre qui hante le PLQ depuis des années : l’enquête Mâchurer de l’Unité permanente anticorruption (UPAC) sur le financement du parti sous la gouverne de Jean Charest. L’ancien premier ministre a ravivé le souvenir d’une foule d’allégations avec sa sortie en règle contre l’UPAC. Le député Marc Tanguay a contribué à maintenir l’affaire dans l’actualité en réclamant la fin de l’enquête.

Selon Alexandre Cusson, le PLQ ne peut plus simplement répliquer qu’il a adopté un code d’éthique et que les lois sur le financement politique ont changé, puis espérer que le temps arrange les choses. « Est-ce que ça a fait en sorte que dans la population aujourd’hui les gens se disent qu’il n’y a aucun problème d’éthique au Parti libéral du Québec ? lance-t-il. Je l’entends, cette idée que la politique au Québec, de façon générale, c’est corrompu. C’est une idée que les gens n’abandonnent pas. » Et, selon lui, les militants libéraux sont eux aussi « tannés d’entendre ces allégations-là », qui circulent toujours même si le gouvernement Couillard n’a pas été à l’origine de scandales liés au financement. 

Cette réalité, on ne peut l’ignorer plus longtemps au PLQ, estime M. Cusson. Il est devenu nécessaire de faire plus, de « laver plus blanc que blanc ».

Oui, les mœurs ont évolué au Québec, mais il n’en demeure pas moins qu’il faut prendre acte de ces perceptions qu’a la population. Donc il faut aller je ne dirais pas à l’extrême, parce que c’est fort comme terme, mais il faut vraiment aller de l’autre côté du balancier : on ne va pas juste dire que ce n’est plus de même, on va le prouver.

 Alexandre Cusson, candidat à la direction du PLQ

« Examen de conscience »

Il s’engage à créer un poste de directeur à l’éthique et à la conformité dans les 100 premiers jours s’il est élu chef du PLQ à la fin mai. Et dans le cas où il accéderait au pouvoir, dans les 100 premiers jours de son mandat, il déposerait un projet de loi pour imposer cette mesure à tous les partis politiques.

Ce directeur ferait des vérifications et répondrait aussi à tout militant ou à tout employé qui aurait des doutes sur certaines pratiques, que ce soit concernant la loi électorale, le lobbyisme, le harcèlement, la protection des données personnelles détenues par le parti… Il serait également appelé à passer au peigne fin les candidatures aux élections.

Des experts en éthique seraient consultés pour la nomination du directeur. « Il faudra créer toutes les conditions assurant son indépendance », précise M. Cusson, ajoutant que ce directeur devrait faire rapport de ses activités.

Je veux mettre en place les mécanismes les plus forts pour démontrer aux gens que, chez nous, il n’y a pas de place pour le contournement de quelque règle que ce soit.

Alexandre Cusson, candidat à la direction du PLQ

Cette idée ne sort pas de nulle part. Elle a d’abord été proposée l’été dernier par la députée Marwah Rizqy – l’un des deux appuis de M. Cusson parmi le caucus –, dans une sortie qui avait causé des remous à l’interne.

« Nous devons nous livrer à un examen de conscience en acceptant d’abord et avant tout de reconnaître que notre parti a vieilli et que les façons de faire doivent changer, a-t-elle écrit dans une lettre ouverte. Nous savons que les façons de faire ne répondent plus aux aspirations de nos militants et, comme la nature humaine tend toujours à retourner aux vieilles habitudes, il faut doter le PLQ d’un rempart. »

Sous le couvert de l’anonymat, des députés avaient reproché à la nouvelle élue de faire comme si le parti n’avait rien fait pour corriger le tir et de remettre au premier plan l’enjeu de l’éthique.

Alexandre Cusson dit pousser plus loin la proposition de Mme Rizqy en suggérant d’étendre cette mesure aux autres partis.

Contrairement au député Marc Tanguay, il ne réclame pas la fin de l’enquête Mâchurer. Cette enquête de l’UPAC dure depuis six ans. Une partie des délais s’explique par des actions judiciaires intentées par l’ex-grand argentier du PLQ et ami de Jean Charest, Marc Bibeau. « Il faut laisser les policiers travailler, avec le temps dont ils ont besoin pour travailler », dit-il. Sans faire directement des reproches à M. Tanguay, il signale qu’un « mur de béton » doit exister entre le politique et la police.

Qui est Alexandre Cusson ?

– Maire de Drummondville depuis novembre 2013 (il quittera officiellement ses fonctions vendredi prochain)

– Président de l’Union des municipalités du Québec de novembre 2017 à novembre 2019

– Titulaire d’une maîtrise en éducation de l’Université de Sherbrooke et d’un baccalauréat en administration des affaires de l’UQAM

– Enseignant et directeur au collège Saint-Bernard de 1989 à 1997, puis directeur général de l’établissement jusqu’en 2013