(Ottawa) Le ministre des Affaires étrangères, François-Philippe Champagne, affiche un « optimisme prudent » quant aux chances du Canada d’obtenir un siège au Conseil de sécurité des Nations unies cette année, au moment où Ottawa accélère sa « campagne électorale » en Afrique.

Mike Blanchfield
La Presse canadienne

S’adressant à des journalistes après un voyage au Mali et au Maroc, M. Champagne a rejeté les critiques de nombreux experts qui affirment que la candidature canadienne sera plombée par les faibles contributions d’Ottawa en matière d’aide internationale et sa faible participation aux missions de maintien de la paix des Nations unies (ONU).

« J’ai été agréablement surpris par le soutien que j’ai reçu des pays hôtes que j’ai visités. Je pense que les gens reconnaissent que le Canada peut jouer un rôle positif dans le monde », a déclaré M. Champagne.

Le Canada fait face à une vive concurrence de la Norvège et de l’Irlande pour les deux sièges de membres non permanents au sein du plus puissant organe des Nations unies. Ces deux sièges feront l’objet d’un vote de l’Assemblée générale de l’ONU en juin, pour un mandat de deux ans à compter de 2021. Les pays en lice pour un siège au conseil ont besoin des deux tiers des voix au scrutin secret, soit plus de 128 voix ; l’Afrique est l’un des blocs les plus influents à l’ONU, avec 54 membres votants.

La mauvaise volonté de pays autocratiques comme la Chine devrait inciter le gouvernement Trudeau à faire campagne de manière encore plus appuyée pour un siège au Conseil de sécurité des Nations unies, estiment des analystes.

Le Canada a besoin du soutien de pays musulmans et asiatiques et deux des principaux acteurs de ces régions, l’Arabie saoudite et la Chine, ont des conflits diplomatiques non résolus avec le Canada. Alors que les deux pays sont influents dans leurs blocs de vote, la Chine a étendu son empreinte diplomatique en Afrique avec de grandes dépenses d’infrastructure et en distribuant généreusement ses propres fonds de développement pour se faire des alliés et influencer la politique.

« Nous sommes toujours derrière d’autres pays en matière de dépenses et il y a beaucoup de pays autocratiques qui ne veulent pas voir le Canada obtenir un siège et l’utiliser pour être juste en matière de droits de la personne, de genre et d’autres valeurs qui nous sont chères », a soutenu Bessma Momani, une experte en affaires internationales à l’Université de Waterloo.

Elle a montré du doigt la Chine, l’Arabie saoudite et la Russie comme des pays qui s’opposent à la candidature du Canada.

Colin Robertson, vice-président de l’Institut canadien des affaires mondiales et ancien diplomate, a dit croire que M. Trudeau se devait de faire campagne lui-même à l’extérieur du pays pour tenter d’éviter ce qui constituerait un revers majeur en politique étrangère.

« Perdre en 2020 serait traumatisant pour Justin Trudeau, a affirmé M. Robertson. Et ce serait un choc désagréable pour les Canadiens qui pensent que le monde nous aime. »

Si M. Trudeau décide de mener une campagne acharnée, l’obtention d’un siège est toujours possible, selon lui : la Norvège remportera probablement l’un des deux sièges, mais le Canada pourrait encore avoir le dessus sur l’Irlande.

Le premier ministre Justin Trudeau avait fait de l’obtention d’un siège non permanent au Conseil de sécurité l’un des points forts de ses engagements en 2015 lorsqu’il a lancé au monde entier : « Le Canada est de retour ».

M. Robertson estime que M. Trudeau devrait établir un échéancier fixe pour l’atteinte par le Canada de la cible des Nations unies de 0,7 % du revenu national brut (RNB) pour l’aide publique au développement (APD). Le niveau actuel du Canada est inférieur à 0,3 %.

Fen Hampson, expert en diplomatie à la Normal Paterson School of International Affairs de l’Université Carleton, a déclaré que la politique du Canada pour les votes à l’ONU en viendra essentiellement à ce qu’il peut offrir concrètement à des régions et à des pays en particulier. Et en Afrique, cela mène généralement à une conversation sur l’aide étrangère, a-t-il ajouté.

Le gouvernement conservateur précédent avait raté sa chance en 2010 : au deuxième tour de scrutin, le Canada n’avait récolté que 78 voix, contre 113 pour le Portugal, un petit pays aux prises avec des difficultés économiques importantes. Pour éviter l’humiliation d’une défaite appréhendée, le gouvernement de Stephen Harper avait préféré se retirer de la course avant le troisième tour : le Portugal et l’Allemagne ont alors été choisis sans opposition pour les deux sièges non permanents réservés au groupe « des États d’Europe occidentale et autres États ».

En septembre dernier, pour la réunion annuelle des dirigeants mondiaux de l’Assemblée générale des Nations unies, Ottawa avait envoyé à New York, pour mousser la candidature canadienne, une délégation menée par deux anciens premiers ministres : le libéral Jean Chrétien et le progressiste-conservateur Joe Clark.