(Winnipeg) Le premier ministre du Manitoba Brian Pallister affirme que son gouvernement a reçu « plusieurs candidatures » de la part de travailleurs du Québec qui seraient intéressés à décrocher un emploi dans la fonction publique manitobaine à cause de leur opposition à la Loi 21 sur la laïcité de l’État québécois.

Joël-Denis Bellavance Joël-Denis Bellavance
La Presse

Farouchement opposé à cette loi adoptée par l’Assemblée nationale parce qu’il la juge discriminatoire, le gouvernement conservateur de M. Pallister a acheté en novembre des publicités dans les journaux et les médias numériques au Québec pour inviter les fonctionnaires de la province à déménager au Manitoba s’ils se sentent menacés par l’interdiction de porter un symbole religieux sur leur lieu de travail.

Les publicités mentionnaient 21 raisons d’envisager de déménager au Manitoba — en référence au projet de loi 21 au Québec avant qu’il ne devienne loi.  Cette offensive de recrutement du Manitoba avait provoqué une levée de boucliers au Québec, notamment de la part des élus de l’Assemblée nationale.

« La réponse à notre invitation a été très bonne. Nous avons reçu de nombreuses demandes de gens qui souhaitent avoir plus d’information. Nous avons hâte de procéder à quelques embauches, car nous avons besoin de plus de gens qui sont bilingues au sein de notre fonction publique », a affirmé lundi M. Pallister, au terme d’une rencontre bilatérale avec le premier ministre Justin Trudeau. Ce dernier a réuni son cabinet pour une retraite de trois jours dans la capitale du Manitoba.

« Nous avons été très clairs quant à notre opposition à la Loi 21. En tant qu’ancien résidant du Québec moi-même pendant 10 ans, je persiste à dire que le Québec vaut mieux que cette loi. Je crois que les Québécois sont plus forts que cette loi. Cette loi comporte des mesures discriminatoires. Cette loi cause des dommages non seulement à la réputation du Québec, mais aussi à l’ensemble du Canada qui accueille les différences et encourage la diversité », a-t-il ajouté.

M. Pallister a indiqué qu’il comptait faire une mise à jour sous peu concernant le nombre de travailleurs du Québec qui pourraient être embauchés par le gouvernement du Manitoba.

La loi québécoise interdit à certains fonctionnaires, y compris les enseignants et les policiers, de porter des symboles religieux tels que le hijab pour les femmes musulmanes et la kippa pour les hommes juifs sur leur lieu de travail.

Le premier ministre du Québec, François Legault, a martelé que la loi est un moyen légitime d’assurer la laïcité du secteur public. Il a soutenu que la loi recueillait l’appui d’une majorité de Québécois.

M. Pallister a expliqué que le Manitoba manque d’employés bilingues dans certains secteurs de la fonction publique. En juillet, il avait écrit aux ordres et associations professionnelles afin d’inviter les fonctionnaires à migrer vers l’ouest, mais personne n’a répondu à l’appel. Son gouvernement progressiste-conservateur a aussi adopté une résolution à l’Assemblée législative pour condamner la loi québécoise sur la laïcité de l’État.

- Avec La Presse canadienne