Les partis d’opposition fulminent devant la décision du premier ministre François Legault de ne pas participer à la seconde rencontre prévue entre Québec et les chefs autochtones pour assurer la mise en œuvre des recommandations du rapport Viens. Québec solidaire et le Parti libéral n’en démordent pas : M. Legault doit être à la table.

Fanny Lévesque Fanny Lévesque
La Presse

Il faut qu’il change d’idée, a lancé la co-porte-parole de Québec solidaire, Manon Massé. « J’espère qu’il va comprendre que lorsque des chefs autochtones se déplacent pour venir discuter, il doit répondre présent », a-t-elle tranché. La Presse révélait vendredi que M. Legault ne serait pas de ce deuxième rendez-vous, le 27 janvier.

Les leaders des Premières Nations et des Inuits et le gouvernement Legault ont ouvert un nouveau dialogue dans la foulée du dépôt des conclusions de la commission Viens, en septembre dernier, qui était particulièrement critique envers l’État québécois. L’absence du premier ministre à la première réunion avait été vivement critiquée.

« Cela en disait long et de façon unanime les intervenants des Premières Nations et des Inuits l’ont constaté », relate le porte-parole de l’opposition officielle en matière d’affaires autochtones, David Birnbaum. « Suite à ces déceptions […], nous apprenons qu’il ne sera pas encore présent. On parle ici d’un sommet d’une importance capitale. »

Il estime que Québec lance ainsi un signal « très décevant » et qu’il devient légitime « de se demander si le gouvernement est moindrement sérieux dans ses intentions de donner suite au grand défi devant [eux] ».

Selon Mme Massé, si le gouvernement espère jeter les bases d’une relation de nation à nation avec les peuples autochtones, cela doit d’abord commencer par un dialogue d’égal à égal. « Ça veut dire de chef à chef », affirme-t-elle. « C’est comme si M. Legault envoyait un ministre à une rencontre des premiers ministres. »

La ministre responsable tient les rênes

François Legault a choisi de faire confiance à sa ministre responsable des Affaires autochtones, Sylvie D’Amours, pour piloter l’application des recommandations du rapport Viens et celles de l’Enquête nationale sur les femmes autochtones disparues et assassinées au pays, dont les conclusions sont aussi dures envers Québec.

PHOTO OLIVIER JEAN, ARCHIVES LA PRESSE

Sylvie D’Amours, ministre déléguée aux Affaires autochtones

En tout respect pour la ministre d’Amours, il y a des « éléments politiques extrêmement importants » dans le contexte actuel, qui « interpellent l’ensemble du gouvernement », confiait à La Presse le chef de l’Assemblée des Premières Nations du Québec et du Labrador, Ghislain Picard.

Le chef Picard citait notamment la décision de Québec de contester devant la Cour d’appel une nouvelle loi fédérale donnant plus d’autonomie aux autochtones en matière de protection à l’enfance ainsi que la mise en œuvre de la Déclaration des Nations unies sur les droits des peuples autochtones.

Manon Massé abonde dans le même sens. « On est dans un moment clé […] Lorsque le chef du gouvernement du Québec envoie un message clair à tous ses ministres, c’est bien différent que lorsqu’une ministre essaie de convaincre le ministre responsable des Ressources naturelles, par exemple », dit-elle.

En octobre, Québec solidaire a déposé une motion appuyée à l’unanimité par l’Assemblée nationale pour que le gouvernement s’engage sur la voie de l’application de la déclaration onusienne. Quelques jours auparavant, François Legault présentait des excuses officielles aux peuples des Premières Nations.