(OTTAWA) Le Canada songe sérieusement à saisir les Nations unies du dossier de l’écrasement du vol 752 de l’Ukraine International Airlines, abattu à Téhéran la semaine dernière par les forces armées iraniennes et qui a fait 176 morts, afin d’accentuer la pression sur l’Iran pour que toute la lumière soit faite sur cette tragédie.

Joël-Denis Bellavance Joël-Denis Bellavance
La Presse

Le premier ministre Justin Trudeau a indiqué vendredi qu’une telle démarche devant l’ONU avait été utilisée par les Pays-Bas à la suite de l’écrasement du vol MH17 de la Malaysia Airlines au-dessus de l’Ukraine en 2014 et que cela avait permis de maintenir la pression internationale sur les parties en cause.

Le Boeing 777 de la Malaysia Airlines a été abattu le 17 juillet 2014 au-dessus de la région de Donetsk, dans l’est de l’Ukraine, alors qu’il se dirigeait vers Kuala Lumpur. L’appareil, qui transportait 15 membres d’équipage et 283 passagers, dont 189 Néerlandais, 43 Malaisiens et 28 Australiens, a été abattu par un missile sol-air Bouk lancé par des rebelles prorusses. Un Canadien se trouvait aussi à bord.

Le Canada pourrait ainsi déposer une résolution à l’ONU pour forcer l’Iran à collaborer avec les pays touchés par la tragédie de la semaine dernière, de sorte qu’une enquête complète et transparente soit menée sur cette affaire. En tout, 57 Canadiens ont perdu la vie la semaine dernière à Téhéran.

M.  Trudeau, qui a rencontré les journalistes pour la cinquième fois depuis l’incident afin de faire le point sur les efforts du Canada pour obtenir justice, a indiqué avoir discuté de la démarche des Pays-Bas à l’ONU avec le premier ministre de ce pays, Mark Rutte, dans les heures qui ont suivi l’écrasement du vol 752.

« L’une des leçons que m’a partagées le premier ministre est que c’était utile d’avoir une résolution aux Nations unies qui parlait d’avoir besoin d’une enquête approfondie indépendante sur cet enjeu pour tirer les conclusions qui s’imposent et empêcher que ça se reproduise. C’est une chose qu’on est en train de regarder avec nos partenaires à l’ONU », a affirmé le premier ministre.

M.  Trudeau a évoqué cette possibilité après avoir annoncé que le gouvernement canadien versera 25 000 $ par victime afin d’aider les proches à faire des arrangements funéraires ou à payer pour des frais de déplacement, entre autres.

En tout, les familles de 57 Canadiens et 29 résidents permanents qui ont péri lors de l’écrasement de l’avion auront droit à cette compensation. La somme totale qui sera versée devrait atteindre 2,1 millions.

Qualifiant à nouveau les évènements de la semaine dernière de « tragédie nationale », il a insisté pour dire qu’il s’agissait d’une « première étape » pour aider des proches des victimes et que le Canada s’attendait à ce que l’Iran verse une compensation financière adéquate aux Canadiens qui ont perdu un être cher.

« Il s’agit d’une situation unique et sans précédent à cause des sanctions internationales imposées contre l’Iran et des difficultés que cela engendre pour les familles éplorées. Je vais être sans équivoque. Nous nous attendons à ce que l’Iran verse une compensation à ces familles. Je les ai rencontrées. Elles ne peuvent pas attendre des semaines. Elles ont besoin de notre soutien maintenant », a soutenu le premier ministre.

Il a précisé que les compensations financières qui seront versées aux familles par l’Iran ne serviront pas à rembourser la somme de 25 000 $ que le gouvernement canadien met de l’avant. Les familles pourront aussi avoir recours à des services juridiques sans frais grâce au groupe Pro Bono Ontario. Une ligne 1800 a aussi été mise sur pied pour faciliter l’accès à ces services.

Au moment où M.  Trudeau annonçait cette aide, le ministre des Affaires étrangères, François-Philippe Champagne, rencontrait son homologue iranien, Javad Zarif, à Oman afin de discuter de l’écrasement du vol PS752 de la semaine dernière.  

Cette rencontre a eu lieu moins de 24 heures après que le Canada et quatre autres pays (Grande-Bretagne, Suède, Ukraine et Afghanistan) qui avaient des ressortissants à bord de l’avion abattu eurent établi une liste de demandes qu’ils compter soumettre à l’Iran.

M.  Trudeau n’a pas voulu s’avancer vendredi à dire si son gouvernement comptait entreprendre les démarches pour rétablir des liens diplomatiques avec Téhéran, rompus par l’ancien gouvernement conservateur de Stephen Harper, en 2012. Il a affirmé que son gouvernement consacrait tous ses efforts à aider les familles touchées par cette catastrophe.

La Presse canadienne a pu faire confirmer qu’au moins 90 victimes avaient des liens avec le Canada, dont beaucoup d’étudiants et de professeurs revenant au pays après avoir passé la semaine de relâche en décembre à visiter des parents en Iran.

Dans un rare sermon lors des prières du vendredi, le chef suprême de l’Iran a qualifié la chute de l’avion d’« accident amer qui a attristé l’Iran et rendu ses ennemis heureux ».

L’ayatollah Ali Khamenei a déclaré que les rivaux internationaux de l’Iran avaient profité de l’écrasement pour critiquer le pays et ses forces armées. Il a également attaqué les États-Unis pour avoir tué un grand général iranien, ce qui a contribué à mettre les défenses aériennes iraniennes en état d’alerte, et a qualifié le président Donald Trump de clown.

— Avec La Presse canadienne