N’en déplaise aux chefs autochtones, le premier ministre François Legault n’a pas l’intention de participer à la seconde rencontre prévue entre Québec et les Premières Nations pour donner suite aux conclusions — particulièrement critiques envers l’État québécois — de la commission Viens.

Fanny Lévesque Fanny Lévesque
La Presse

Tommy Chouinard Tommy Chouinard
La Presse

Selon nos informations, M. Legault ne sera pas de ce deuxième rendez-vous qui doit se tenir le 27 janvier prochain à Montréal. L’absence du premier ministre à la table avait pourtant été vivement déplorée par les élus autochtones lors de l’ouverture des discussions, l’automne dernier.

« C’est à la ministre responsable des Affaires autochtones, Sylvie D’Amours, que le premier ministre a confié le mandat d’assurer le suivi des recommandations du rapport Viens », a réitéré le bureau du premier ministre dans un courriel. « […] La ministre D’Amours poursuivra le travail entamé le 17 octobre. »

Cependant, la décision de M. Legault n’apaisera sans doute pas les relations entre son gouvernement et les leaders autochtones, devenues plus tendues avant les Fêtes lorsque Québec a annoncé qu’il contesterait devant la Cour d’appel la constitutionnalité d’une nouvelle loi fédérale sur les enfants autochtones.

La loi du gouvernement Trudeau (C-92), entrée en vigueur le 1er janvier, vient confirmer le droit des autochtones de déterminer leurs pratiques et politiques en matière de services de protection à l’enfance. Les démarches entreprises par Québec provoquent l’ire des Premières Nations qui réclament plus d’autonomie.

« Quelque part, le premier ministre Legault ne devra pas être trop loin parce qu’il y a des éléments politiques extrêmement importants qu’on ne pourra pas passer sous silence », a prévenu le chef de l’Assemblée des Premières Nations du Québec et du Labrador (APNQL), Ghislain Picard. Au moment de l’entretien avec La Presse, M. Picard n’avait pas reçu d’indications de la part du gouvernement quant à la participation éventuelle de M. Legault à la prochaine rencontre.

PHOTO JACQUES BOISSINOT, ARCHIVES LA PRESSE CANADIENNE

Ghislain Picard, chef de l’Assemblée des Premières Nations du Québec et du Labrador

« Sans vouloir diminuer l’importance de la ministre des Affaires autochtones, pour moi, il y a des dossiers qui interpellent l’ensemble du gouvernement », a-t-il ajouté, citant notamment le choix du gouvernement provincial de contester la récente loi fédérale.

Les chefs autochtones ont d’ailleurs pris la décision de se réunir en privé le 20 janvier à Montréal, soit une semaine avant la rencontre avec Québec. « On n’avait pas le choix de convoquer cette rencontre-là. Il s’est passé beaucoup de choses avant le congé des Fêtes », a indiqué M. Picard.

Au cabinet de la ministre D’Amours, on tient à rassurer les leaders des Premières Nations, en soutenant que « ce qui fait l’objet du renvoi, c’est la façon de faire du gouvernement fédéral qui dicte unilatéralement un processus qui ne respecte pas la Constitution canadienne ».

Priorité aux rapports

Pour le chef Picard, il sera « difficile de faire fi » du renvoi à la Cour d’appel lors de la rencontre de lundi entre chefs, mais l’objectif doit demeurer la mise en place d’un « bon mécanisme » pour assurer le suivi du rapport Viens, mais aussi de celui de l’Enquête nationale sur les femmes autochtones disparues et assassinées.

Cette dernière commission fédérale, qui a déposé ses conclusions en juin, a aussi été très dure envers les institutions québécoises. « On parle de deux rapports extrêmement importants », martèle M. Picard. « Tous [les chefs] doivent être bien informés de la démarche pour l’appuyer. C’est fondamental. »

Le juge à la retraite Jacques Viens a conclu qu’il « est impossible de nier » que les autochtones sont victimes de discrimination systémique dans les services publics du Québec. Le premier ministre François Legault a d’ailleurs présenté des excuses publiques aux peuples autochtones deux jours après le dépôt du rapport, le 2 octobre.