(QUÉBEC) La première (et seule) femme élue première ministre du Québec était péquiste. Mais en 2020, à l’aube d’une course à la direction déterminante au Parti québécois, aucune femme n’a encore manifesté son intérêt. Trois militantes du parti lancent un appel à l’engagement.

HUGO PILON-LAROSE HUGO PILON-LAROSE
La Presse

Qu’ont en commun Sylvain Gaudreault, Paul St-Pierre Plamondon, Frédéric Bastien, Stéphane Handfield et Guy Nantel ? Poser la question, c’est y répondre. Et au Parti québécois, cela ne passe pas inaperçu.

À l’appel de La Presse, trois militantes péquistes unissent leurs voix. Elles lancent un appel à l’engagement pour que des femmes se présentent dans la course à la direction du PQ. Louise Harel, députée de 1981 à 2008, présidente de l’Assemblée nationale en 2002 et 2003. Gabrielle Lemieux, présidente du parti jusqu’à tout récemment, qui portait le thème de la place des femmes lors de son élection, en 2017. Puis Frédérique St-Jean, présidente du Comité national des jeunes du Parti québécois (CNJPQ).

PHOTO JACQUES BOISSINOT, ARCHIVES LA PRESSE CANADIENNE

Frédérique St-Jean, présidente du Comité national des jeunes du Parti québécois

« Ayez confiance en vous, ayez confiance en vos capacités et foncez ! », lance d’emblée l’énergique présidente des jeunes péquistes.  

Sans rien enlever aux qualités des hommes qui songent à se lancer dans la course, ou qui ont déjà annoncé leur candidature, « il y a 50 % de femmes dans la population, rappelle Mme St-Jean, et c’est important qu’elles puissent être représentées dans les débats pendant la course à la chefferie ».

Difficiles à convaincre

Mais convaincre une femme de se lancer en politique est parfois ardu. Gabrielle Lemieux en sait quelque chose. Lors des dernières élections générales, alors qu’elle était présidente du PQ, elle avait le mandat (pas toujours facile) de recruter des candidates. Mais une fois la campagne lancée, elle est convaincue que ces femmes ont fait une différence.

« Ça change la donne […] et on a besoin de plus femmes en politique. Ça peut brasser la cage et changer les façons de faire. Ça donne aussi espoir à beaucoup de gens », affirme-t-elle en soulignant le caractère « inspirant » de l’élection de femmes comme Sanna Marin à la tête du gouvernement de la Finlande.

En fait, ajoute Gabrielle Lemieux, « tout le monde gagnerait à ce qu’il y ait des femmes candidates dans toutes les courses à la chefferie ». Les prochains mois politiques verront d’ailleurs plusieurs courses à la direction, tant à Québec qu’à Ottawa.

PHOTO ALAIN ROBERGE, ARCHIVES LA PRESSE

Gabrielle Lemieux, présidente du Parti québécois jusqu’à tout récemment

Ce n’est pas qu’une question de candidatures. Les femmes devraient aussi s’impliquer le plus possible à travers la course, [même si c’est] pour aider les candidats, dans les équipes de campagne.

Gabrielle Lemieux

« Généralement en politique, tu as toujours dix gars qui sont prêts à lever la main pour une fille qui hésite à y aller », ajoute Frédérique St-Jean, qui poursuit avec ce message : « Mesdames, lancez-vous ! »

Conciliation travail-famille

Louise Harel, qui a été élue pour la première fois en 1981 à l’Assemblée nationale, a vu les débats se transformer avec l’arrivée de femmes sur les banquettes du Parlement.

« La présence des femmes, quel que soit le lieu de pouvoir, introduit souvent des débats qui seraient sinon occultés. C’est certain qu’on n’aurait pas parlé d’équité salariale, de patrimoine familial, de pensions alimentaires et de plein d’autres sujets n’eût été la présence de femmes en politique », affirme-t-elle avec conviction.

PHOTO MARCO CAMPANOZZI, ARCHIVES LA PRESSE

Louise Harel, députée de 1981 à 2008 et présidente de l’Assemblée nationale en 2002 et 2003

Mais encore aujourd’hui, souligne-t-elle, la conciliation travail-famille est loin d’être évidente en politique. Quand un politicien quitte l’Assemblée nationale, homme ou femme, c’est d’ailleurs souvent la raison qu’il évoque en premier lieu.

« Comme tout le monde, j’anticipais que Véronique Hivon soit candidate. J’ai constaté l’été dernier, lorsqu’elle s’est retirée, que ça avait laissé un vide quant à une candidature féminine. […] Ça peut refroidir sans doute l’intérêt d’autres femmes à se présenter parce que ça fait quand même part des difficultés particulières [en politique] de la conciliation travail-famille », dit Mme Harel.

À ce jour, Sylvain Gaudreault (député de Jonquière) est le seul à avoir officialisé sa candidature dans la course à la direction du Parti québécois. L’avocat Paul St-Pierre Plamondon devrait le faire prochainement. L’historien Frédéric Bastien, l’avocat Stéphane Handfield et l’humoriste Guy Nantel ont également affirmé qu’ils y réfléchissaient.

Le Parti québécois annoncera le 1er février prochain les règles de la course. L’ex-députée Agnès Maltais devrait être présidente d’élection.