(Ottawa) La proposition d’Ottawa de rendre les produits menstruels gratuits dans les lieux de travail sous compétence fédérale jouit d’un appui assez solide des employeurs, mais beaucoup moins du côté des particuliers.

Mélanie Marquis Mélanie Marquis
La Presse

Les libéraux avaient lancé en mai 2019 l’idée de modifier le Code canadien du travail afin d’instaurer cette mesure, à laquelle croyait dur comme fer celle qui était à l’époque ministre de l’Emploi, Patty Hajdu, et que le premier ministre et plusieurs députés avaient avalisée.

Le gouvernement vient de publier discrètement, lundi, un sommaire des consultations menées ces derniers mois, qui n’ont à l’évidence pas déchaîné les passions : le fédéral a reçu au total 42 soumissions (13 d’organisations et 29 de particuliers).

De façon générale, 57 % des participants sont en faveur de l’idée, et 41 % sont contre. Mais en s’attardant aux individus, on voit que la donne change assez significativement : 38 % seulement appuient la proposition, tandis que 59 % s’y opposent.

Environ 70 % des 17 participants défavorables à la mesure ont exprimé des inquiétudes par rapport au coût, craignant que « fournir des produits menstruels gratuits conduirait au vol, à une mauvaise utilisation et au gaspillage ».

Plus de 31 % du total des soumissions ont argué que la facture serait « minime », plusieurs participants suggérant que « la dignité des employées, ainsi que leur santé et leur sécurité psychologiques et physiques devraient être prioritaires ».

D’autres ont avancé que si les employeurs pouvaient se payer du papier hygiénique, ils pouvaient aussi bien se permettre de fournir des produits menstruels, faisant valoir que le papier hygiénique n’était pas mal utilisé ou gaspillé dans les lieux de travail.

Le seul employeur de compétence fédérale qui a pris part à l’exercice est la Corporation des pilotes du Saint-Laurent central. Cinq syndicats y ont aussi participé, de même que cinq employeurs sous réglementation provinciale.

Car l’idée mise de l’avant par Patty Hajdu avait tant inspiré sa collègue Mélanie Joly que celle-ci avait enjoint à Québec d'imiter Ottawa. La mesure toucherait 480 000 femmes qui œuvrent au sein d’entreprises à charte fédérale comme les banques, les aéroports, les sociétés d’État et la fonction publique.

Il n’a pas été possible de savoir quelle sera la suite des choses auprès du bureau de la nouvelle ministre du Travail, Filomena Tassi, lundi soir.

L’Écosse est devenue en novembre dernier le premier État au monde à légiférer afin de permettre un accès gratuit aux produits menstruels à quiconque en aurait besoin. Les établissements scolaires devront en offrir sans frais, et le gouvernement peut obliger des organismes publics à faire de même.

Plus près d’ici, en Colombie-Britannique, le gouvernement de John Horgan a obligé en avril 2019 son réseau d’écoles publiques à fournir gratuitement des produits menstruels dans les toilettes. Il a procédé par décret gouvernemental.

Citations tirées des soumissions

« L’égalité entre les sexes ne suppose pas que les hommes et les femmes sont biologiquement les mêmes, mais elle vise à éliminer les obstacles à l’égalité et à affecter les ressources aux programmes et à la prise de décisions qui tiennent compte de ces obstacles pour uniformiser les règles du jeu. »

« Les femmes qui travaillent pour le gouvernement sont bien payées et les contribuables ne devraient pas avoir le fardeau de répondre à leurs besoins sanitaires. »

« Le débordement ou le cycle menstruel au moment où vous ne vous y attendiez pas est certainement une constante réalité. »

« Les produits d’hygiène menstruelle fournis par les employeurs devraient être sécuritaires et sains, en plus de respecter les objectifs environnementaux. »