(Ottawa) La Chine est une source de préoccupations majeures pour le Canada et ses alliés, dit le ministre fédéral de la Défense, Harjit Sajjan.

Lee Berthiaume
La Presse Canadienne

Le ministre reproche à la Chine son imprévisibilité, son refus de respecter les règles et son influence croissante à l’échelle internationale.

M. Sajjan a exprimé ses commentaires au moment où les Forces armées canadiennes se préparent de plus en plus à la prochaine grande concurrence mondiale entre une Chine en plein essor et l’Occident.

Le ministre a toutefois refusé au cours d’une entrevue à La Presse Canadienne de décrire la Chine comme un adversaire. Il a souligné l’importance des discussions diplomatiques dans les relations avec Pékin.

Le ministre n’a pourtant pas hésité à énumérer les gestes de la Chine qui ont soulevé des inquiétudes à Ottawa et dans d’autres capitales occidentales. Il a souligné l’importance de disposer d’une réponse militaire crédible si cela était nécessaire.

Selon M. Sajjan, la détention de deux Canadiens en représailles apparentes de l’arrestation d’une cadre supérieure du géant chinois des télécommunications Huawei démontre comment la Chine contourne les règles et les traités internationaux.

« L’imprévisibilité de la Chine dans ses relations, pas seulement celles avec le Canada, nous préoccupe tous beaucoup, a-t-il déclaré. Lorsqu’un pays arrête deux Canadiens, ce n’est pas un message adressé au Canada, c’est un message adressé au reste de la planète : voici comment nous faisons de la diplomatie. »

Il s’inquiète aussi de voir comment la Chine étend son influence dans le monde. Elle accorde des prêts à divers pays qui deviennent dépendants de Pékin et investit en Asie, en Afrique et en Amérique latine.

Le gouvernement chinois hausse le ton dans son propre voisinage en revendiquant la mer de Chine méridionale et d’autres voies navigables et en adoptant une ligne plus dure envers Taiwan et en réprimant la démocratie à Hong Kong.

« L’expansion de la Chine dans d’autres parties du monde nous préoccupe. Cette inquiétude est fondée sur la façon dont ils traitent les petits pays et sur la façon dont ce soutien a créé ce type de dépendance économique », a-t-il avancé.

Il existait jusqu’à tout récemment une certaine coopération militaire entre les deux pays. Des militaires chinois étaient autorisés à observer les exercices hivernaux de l’armée canadienne.

La détention des deux Michael a mis fin à cette coopération, malgré l’opposition d’Affaires mondiales Canada, selon des documents qui ont accidentellement été rendus publics grâce à la Loi d’accès à l’information, ce mois-ci.

Le commandement se tourne de plus en plus vers la menace représentée par la Chine et la Russie après avoir porté son attention pendant des décennies sur le terrorisme et des conflits locaux comme en Afghanistan et en Irak.

Il veut notamment remplacer ses armes vieillissantes par des équipements à la pointe de la technologie. Il souhaite aussi acquérir de nouvelles capacités dans l’espace et le cyberespace.

Le ministre souligne l’importante pour le Canada et ses alliés de demeurer sur la même longueur d’onde pour présenter une force crédible de dissuasion contre toute agression de la Chine.

« L’armée est là pour s’assurer que nous sommes toujours prêts à envoyer un fort message de dissuasion, a dit M. Sajjan. Mais nous le ferons toujours en appui de la diplomatie. »