(Québec) Le gouvernement Legault affirme évaluer « différentes solutions » pour s’attaquer au « problème réel » qu’est le refus de certaines compagnies d’assurance d’offrir des soumissions dans des communautés autochtones, sans même avoir évalué les dossiers. L’Autorité des marchés financiers (AMF) mènera une enquête.

Fanny Lévesque Fanny Lévesque
La Presse

Gabrielle Duchaine Gabrielle Duchaine
La Presse

À l’instar des partis de l’opposition, François Legault a affirmé que les pratiques de certaines compagnies d’assurance qui refusent d’offrir leurs services dans des communautés autochtones, comme l’a révélé La Presse, sont inacceptables.

« C’est inacceptable. Même si ce sont des entreprises privées, c’est un problème réel et on est en train de regarder différentes solutions. C’est inacceptable », a brièvement réagi M. Legault lors de son point de presse habituel sur l’évolution de la pandémie. Il n’a pas voulu indiquer si, à son avis, il s’agissait là d’un exemple patent de racisme systémique comme l’ont affirmé Québec solidaire et le Parti libéral du Québec.

Par ailleurs, M. Legault a indiqué que le groupe d’action contre le racisme formé dans la foulée de la mort de George Floyd dévoilera ses conclusions au début de la semaine prochaine. Le rapport du groupe coprésidé par Lionel Carmant et Nadine Girault a été approuvé par le Conseil des ministres, mercredi dernier.

Dans la foulée des révélations de La Presse, l’AMF a annoncé vendredi qu’elle mènera « toutes les vérifications qui s’imposent auprès des assureurs visés dans cette enquête, mais aussi auprès de l’ensemble de l’industrie de l’assurance ».

« L’Autorité est très préoccupée par les éléments contenus dans cette enquête. Il s’agit de pratiques en matière d’assurance qui, si elles s’avèrent fondées, sont inacceptables et indéfendables », indique par voie de communiqué l’organisme qui régule le secteur financier québécois.

Pour sa part, le ministre responsable des Affaires autochtones, Ian Lafrenière, estime que les informations révélées vendredi « sont préoccupantes ».

« Nous reconnaissons que différents critères objectifs peuvent influencer l’offre d’assurance, mais il est préoccupant que des résidents des communautés autochtones soient exclus d’emblée par les compagnies d’assurances », a souligné le ministre dans une déclaration transmise à La Presse.

M. Lafrenière précise néanmoins que « plusieurs compagnies ont offert une réponse positive » et « ont soulevé des pistes de solution intéressantes ». « Nous allons regarder la situation de près », ajoute-t-il.

Inacceptable, soutient l’opposition

« Quand j’ai appris cette nouvelle-là, je me suis dit : “Ben voyons donc !” », a réagi la co-porte-parole de Québec solidaire, Manon Massé. « Une assurance, tu payes, tu as le service, […] alors pourquoi ces gens-là ? Voilà l’illustration de ce qu’est le racisme systémique. Parce que tu vis dans une communauté autochtone, tu n’es pas un citoyen comme les autres ? Je trouve ça dangereux », a-t-elle argué.

Le début de la solution, dit-elle, serait que le gouvernement Legault reconnaisse l’existence du racisme systémique. « Ça commence par politiquement, ici, être capable de reconnaître que ça existe, que ça ne veut pas dire que tout le monde est raciste, mais qu’on a du travail à faire pour rééquilibrer l’égalité entre nos concitoyens », a poursuivi Mme Massé lors d’un point de presse dans le hall du parlement.

Le porte-parole libéral en matière d’affaires autochtones, Gregory Kelley, estime que le gouvernement Legault, même s’il ne reconnaît pas le racisme systémique, « ne peut faire fi de cette discrimination ».

« On devrait demander au gouvernement de voir s’il est possible d’empêcher une telle discrimination par l’industrie de l’assurance ou toute autre industrie. […] Si ça, ce n’est pas du racisme systémique, alors je ne sais pas ce que c’est », a affirmé à La Presse le député libéral.

Des comptes à rendre, dit le PQ

Le chef du Parti québécois, Paul St-Pierre Plamondon. soutient que sa formation politique « se penchera » sur l’enjeu pour évaluer ce qui, « proposition, modification ou projet de loi », pourrait corriger la situation.

PHOTO JACQUES BOISSINOT, LA PRESSE CANADIENNE

Paul St-Pierre Plamondon

« Si une compagnie a un comportement qui est objectivement discriminatoire envers les autochtones, en effet, ce n’est pas acceptable. […] À nos yeux, on ne peut pas tolérer de la discrimination comme celle-là. Ça vient d’une compagnie, de ce que j’ai compris, qui, sciemment, décide de discriminer un groupe, et ça, ce n’est pas un comportement corporatif qui est accepté ni acceptable dans notre société », a-t-il précisé.

« Je veux que l’énoncé de principe soit clair, puis vous allez nous entendre à nouveau là-dessus. Comme parti, on est contre le racisme et contre la discrimination. Dans ces circonstances-là, si on voit qu’une compagnie a une politique interne qui clairement, si les informations se confirment, est dans la discrimination de certains individus sur une base culturelle ou ethnique, nous réagirons en demandant des comptes et en proposant, si possible, des modifications dans la loi ou dans la façon de fonctionner », a ajouté le chef péquiste.