(Ottawa) Le premier ministre Justin Trudeau n’a guère l’intention de sortir le chéquier du gouvernement fédéral pour donner suite à la demande de ses homologues provinciaux d’augmenter les paiements de transfert en santé de 28 milliards de dollars par année.

Joël-Denis Bellavance Joël-Denis Bellavance
La Presse

Mélanie Marquis Mélanie Marquis
La Presse

Déjà aux prises avec un déficit de 381 milliards cette année, et ayant remis aux provinces une somme de 19 milliards pour les aider à affronter les conséquences sanitaires de la pandémie de COVID-19, Justin Trudeau fera valoir à ses homologues qu’Ottawa en a déjà fait plus qu’assez lors de la conférence des premiers ministres qui aura lieu ce jeudi.

En prévision de cette rencontre au sommet, M. Trudeau, ses principaux ministres et leurs proches collaborateurs se sont employés à souligner l’effort financier considérable déployé par le gouvernement fédéral durant la crise jusqu’ici.

Et les informations selon lesquelles la province de l’Ontario disposait d’un fonds de secours de 12 milliards encore inutilisé au moment où la deuxième vague a commencé à frapper, cet automne, viennent conforter leur position.

Certes, les provinces ont des alliés à Ottawa : tous les partis de l’opposition les appuient dans leur croisade afin d’obtenir une augmentation des transferts fédéraux de manière à ce que le gouvernement fédéral paie 35 % des coûts des soins de santé au pays. À l’heure actuelle, Ottawa paie environ 22 % de la facture totale grâce à des paiements de transfert pour la santé qui seront de 42 milliards cette année et atteindront 51,1 milliards en 2025-2026.

Dans son énoncé économique où elle confirmait que le déficit serait d’au moins 381 milliards, la semaine dernière, la ministre des Finances, Chrystia Freeland, n’a prévu aucune somme qui permettrait de satisfaire les attentes des provinces.

Aux Communes, mercredi, Justin Trudeau a repoussé les demandes du Parti conservateur et du Bloc québécois d’exaucer le souhait des provinces à la veille de sa rencontre avec les premiers ministres des provinces.

Depuis le début de cette pandémie, nous avons été là avec les provinces et les territoires pour protéger les Canadiens, pour investir dans le système de santé. Dès le début, on a transféré un demi-milliard de dollars de plus, en plus des transferts record en matière de santé qu’on donnait cette année.

Justin Trudeau

« Plus tard, avec l’accord sur la relance sécuritaire, nous avons ajouté un autre demi-milliard. Au total, c’est autour de 25 milliards que nous avons transférés vers les provinces, en plus des tests de dépistage, en plus de l’équipement de protection, en plus des vaccins maintenant », a ajouté M. Trudeau.

« Dans sa dernière mise à jour économique, le premier ministre a annoncé un milliard pour les CHSLD, en espérant donner un os aux provinces. Un milliard attaché à un paquet de conditions inacceptables, c’est strictement de l’ingérence fédérale. Les provinces sont capables d’administrer elles-mêmes leurs fonds. Est-ce que le premier ministre a perdu confiance envers les provinces ? », a demandé le député conservateur Richard Martel, en exigeant « des transferts stables, prévisibles et sans condition » aux provinces.

Une « demande unanime »

En amont de la rencontre, au bureau du premier ministre François Legault, qui assure la présidence du Conseil de la fédération cette année, on a réitéré mercredi « la demande unanime » maintes fois exprimée par le groupe de premiers ministres des provinces et des territoires.

« Tous les gouvernements ont la même priorité : offrir des soins de santé de qualité à leurs citoyens. Mais le financement des soins de santé est devenu un énorme problème pour les provinces et les territoires. Avec la COVID-19, le vieillissement de la population, les coûts des nouvelles technologies, les coûts des médicaments, ça ne fera qu’empirer », a écrit dans un courriel son porte-parole, Ewan Sauves.

Sans vouloir se prononcer sur l’effet qu’aurait un refus d’Ottawa, il a fait valoir que « le gouvernement fédéral a les moyens d’en faire plus », et que les provinces et territoires ont pour leur part « besoin de budgets, récurrents, et d’un partenariat juste et équitable du fédéral ».

Interrogé mercredi au sujet de ses attentes, M. Legault a plaidé qu’Ottawa voit ses revenus augmenter plus vite (4,1 %) que ceux des provinces (3,5 %), et que les dépenses en santé, elles, augmentent à un rythme annuel de 5 %.

« Je ne m’attends pas à ce que ça soit réglé [aujourd’hui]. Moi, je pense qu’on va aussi parler avec les chefs des oppositions à Ottawa. La situation risque d’évoluer jusqu’à la prochaine élection fédérale. Mais il y a une urgence de rétablir un financement qui est plus proportionnel aux capacités de payer de chacun des gouvernements », a dit M. Legault.

« Il y a une seule dépense qui augmente de 5 % par année, c’est la santé. […] Oui, le gouvernement fédéral a augmenté de façon importante ses dépenses, mais de façon non récurrente. Donc, il y a un gros, gros déficit cette année. Mais si on fait une projection sur quelques années, bien, ils vont avoir un déficit beaucoup plus petit que celui des provinces », a-t-il aussi dit.

À la veille de cette rencontre, la Fédération des médecins spécialistes du Québec (FMSQ) a donné son « soutien entier » au premier ministre. « Le gouvernement fédéral a débloqué rapidement des sommes importantes pour amortir le choc de la crise sanitaire sur l’économie et les citoyens ; il faut maintenant réaliser que la COVID-19 aura un impact prolongé sur la population et le réseau. Nous devons nous préparer à répondre aux besoins et à reconstruire notre système de santé », a affirmé la présidente de la FMSQ, la Dre Diane Francœur, dans un communiqué de presse.

Selon elle, la crise provoquée par la COVID-19 aura des effets en cascade qui s’étendront sur plusieurs années.