(Québec) Le gouvernement Legault souhaite bloquer l’accès des compagnies multimédias aux avantages fiscaux, comme les crédits d’impôt, dès qu’elles sont reconnues coupables d’infractions criminelles en lien avec la pornographie juvénile.

Hugo Pilon-Larose Hugo Pilon-Larose
La Presse

Cette volonté politique a été exprimée mercredi par la députée caquiste Lucie Lecours, qui a présenté au Salon bleu une motion en ce sens, appuyée par les partis d’opposition, à l’exception du Parti libéral.

Mardi, les libéraux ont également présenté une motion similaire, mais faisant un pas de plus. Leur motion, qui était également appuyée par les autres partis d’opposition, demandait au gouvernement qu’il revoit « ses incitatifs fiscaux afin que des compagnies de technologies de l’information œuvrant dans les domaines pornographiques ne puissent bénéficier d’avantages fiscaux ».

Le Parti libéral a expliqué mercredi qu’il souhaitait que Québec restreigne l’accès aux crédits d’impôt à toutes les entreprises œuvrant dans l’industrie de la pornographie, notamment parce que les délais juridiques sont longs avant d’obtenir une condamnation et que des avantages fiscaux ne devraient pas être versés à des entreprises qui font l’objet d’une enquête ou en attente d’un jugement.

Québec promet un plan d’action

En point de presse, mercredi, la ministre de la Sécurité publique Geneviève Guilbault a de son côté promis de déposer rapidement un plan d’action pour lutter contre la pornographie juvénile. Elle a rappelé que Québec a déjà investi 11 millions il y a plus d’un an pour créer une équipe spécialisée contre l’exploitation sexuelle des mineurs sur l’internet à la Sûreté du Québec (SQ).

Mme Guilbault a également cité lenquête publiée mercredi par La Presse, qui témoigne de l’ampleur du phénomène de la pédopornographie en ligne, alors que les signalements à la police sont en croissance et qu’ils se comptent par dizaines de milliers. « On n’a pas le temps d’arrêter tout le monde. C’est juste une inondation de personnes qui regardent des enfants se faire violer puis qui aiment ça. C’est la réalité », a dit à La Presse un policier expert contre l’exploitation sexuelle des enfants sur l’internet.

« Je trouve révoltant et dégoûtant ce qu’on lit dans les médias depuis quelque temps sur toute cette question de la pornographie juvénile », a affirmé Mme Guilbault, assurant une fois de plus que le rapport de la Commission transpartisane sur l’exploitation sexuelle des mineurs, contenant 58 recommandations, ne serait pas tabletté.

« J’ai l’impression qu’il y a un momentum. Personne ne peut demeurer insensible à cette réalité », a-t-elle ajouté, précisant qu’elle travaillerait de concert avec le gouvernement fédéral pour élaborer des stratégies pour combattre ce fléau.

La question de la pédopornographie fait les manchettes depuis quelques jours alors que le New York Times publiait la semaine dernière un reportage-choc sur Pornhub, dévoilant l’ampleur des contenus d’exploitations sexuelles et de viols qui se trouvent parfois sur son site. La société mère du site internet, MindGeek, est établie à Montréal.

Geneviève Guilbaut s’est dite encouragée de lire que Pornhub avait depuis resserré l’accès aux internautes qui peuvent télécharger ou mettre en ligne du contenu sur leur site. « C’est un pas dans la bonne direction », a-t-elle affirmé mercredi.