(Ottawa) Le premier ministre Justin Trudeau doit prendre acte de la prise de position de six anciens premiers ministres du Québec sur la langue française et mettre aux voix le projet de loi sur l’application de la Loi 101 aux entreprises de compétence fédérale, estime le chef bloquiste Yves-François Blanchet.

Mélanie Marquis Mélanie Marquis
La Presse

En conférence de presse à Ottawa, mercredi, le dirigeant du Bloc québécois a applaudi le « geste noble » de la demi-douzaine d’anciens premiers ministres québécois de différentes allégeances qui ont pris la plume et signé une missive « brève et tellement puissante ».

Pierre-Marc Johnson, Daniel Johnson, Lucien Bouchard, Jean Charest, Pauline Marois et Philippe Couillard y manifestent leur appui à une motion unanime adoptée à l’Assemblée nationale qui réaffirmait l’importance de la protection du français, et ils plaident que la Loi 101 devrait s’appliquer aux entreprises de compétence fédérale qui ont pignon sur rue au Québec.

Selon le chef bloquiste, cette sortie extraordinaire témoigne du consensus existant au Québec en matière linguistique, et si Justin Trudeau veut prouver qu’il n’y est « pas indifférent », il doit appeler le projet de loi bloquiste C-254 afin qu’il fasse l’objet d’un vote.

À Ottawa, le Bloc québécois, le Parti conservateur et le Nouveau Parti démocratique parlent d’une seule voix sur cet enjeu.

Le gouvernement Trudeau, quant à lui, n’a pas fermé la porte au projet, mais il ne semble pas pressé de s’en occuper. Lorsque, pendant la période des questions en Chambre, le chef Blanchet a demandé au premier ministre de mettre aux voix la mesure législative déposée par son parti à la fin novembre, il n’a pas eu de réponse.

Un peu plus tard, le chef conservateur Erin O’Toole a interpellé à son tour Justin Trudeau, en notant qu’il est « rare que [Jean] Charest et [Lucien] Bouchard soient en accord », qui est par ailleurs celle des conservateurs sous sa houlette, et en demandant « ce que le gouvernement libéral attend pour permettre l’extension de la Loi 101 sur les entreprises à charte fédérale »

« On attend de voir un projet de loi du gouvernement actuel du Québec », a rétorqué le premier ministre.

Le ministre québécois responsable de la langue française, Simon Jolin-Barrette, planche sur une refonte de la Loi 101 qu’il compte présenter au cours de l’hiver. De son côté, la ministre fédérale des Langues officielles, Mélanie Joly, travaille à l’élaboration d’un livre blanc sur les langues officielles, un vaste chantier qui laisse les partis d’opposition à Ottawa sur leur appétit.

En plus d’enjoindre le gouvernement fédéral à bouger dans ce dossier en collaboration avec le gouvernement du Québec, les ex-premiers ministres demandent aux élus de l’Assemblée nationale de soutenir « la volonté du gouvernement du Québec de procéder à une importante réforme de la Charte de la langue française » compte tenu des constats qu’ils font sur le « déclin » de la langue française.

« Les fonctions que nous avons occupées nous ont placés au cœur de la promotion et de la défense de la francophonie en Amérique, une responsabilité unique et une situation fragile qui exigeront de tous les élus une vigilance de tous les instants », indiquent-ils dans cette missive parue dans les journaux mercredi.

Leur successeur, l’actuel premier ministre François Legault, a endossé l’initiative sur Twitter.