Le chef du Parti québécois, Paul St-Pierre Plamondon, demande au gouvernement Legault d’interdire une pratique agricole contestée qui consiste à épandre des pesticides dans des champs de céréales tout juste avant la récolte.

Daphné Cameron Daphné Cameron
La Presse

« Ça prend une réglementation rapide compte tenu de l’urgence et de la gravité de ce que l’on vient d’apprendre », a-t-il déclaré en entrevue avec La Presse.

Mardi, Radio-Canada a révélé que la Financière agricole – la société d’État qui gère les programmes d’assurance récolte – avait remboursé à 99 agriculteurs l’achat et les coûts de pulvérisation d’« agents dessiccatifs ».

Ces herbicides sont utilisés pour sécher uniformément les champs de céréales. Cette technique vise à faciliter la moisson lorsque des parcelles du champ sont plus humides ou envahies de mauvaises herbes. Lorsque le grain est séché artificiellement de cette façon, les traces de résidus de pesticides dans les aliments peuvent augmenter.

On est vraiment devant de la grossière négligence de la part du gouvernement et il ne peut pas s’en laver les mains en disant : “Ce n’est pas moi, c’est la Financière agricole.”

Paul St-Pierre Plamondon, chef du Parti québécois

Santé et économie

Des produits comme le glyphosate ou le diquat auraient été remboursés à hauteur d’environ 1000 $ en moyenne par réclamation, rapporte Radio-Canada. L’assurance récolte est financée à 60 % par les contribuables.

« Rappelons-nous que dans les travaux de la commission parlementaire examinant les risques de l’usage des pesticides sur la santé et l’environnement, on nous disait : ça n’arrive pas, ça, au Québec, épandre du glyphosate dans les dernières phases de culture. Et là, on apprend non seulement que ça a cours, mais que c’est aussi remboursé par la Financière agricole », s’insurge M. St-Pierre Plamondon.

Plus courante dans l’Ouest canadien, l’utilisation de glyphosate comme desséchant quelques jours avant la récolte a fait chuter les exportations de blé canadien vers l’Italie.

PHOTO PATRICE LAROCHE, LE SOLEIL

Paul St-Pierre Plamondon, chef du Parti québécois

Ce procédé-là a été interdit dans plusieurs pays, notamment l’Italie et la Belgique, parce que ces pays européens jugent que ça n’a aucun sens pour la santé. Donc, il y a un problème économique », a-t-il ajouté.

Paul St-Pierre Plamondon, chef du Parti québécois

L’UPA ne recommande pas cette technique

Interrogé sur le sujet, mardi, le président de l’Union des producteurs agricoles (UPA), Marcel Groleau, a indiqué qu’il avait été mis au fait de la situation avec la publication du reportage.

« Les pulvérisations en prérécolte ne sont pas une procédure que nous recommandons parce que comme vous le savez, en prérécolte, c’est utilisé tout juste avant que le produit soit destiné à la consommation. Bien que ce ne soit pas interdit […] de le faire, on ne trouve pas que c’est une bonne façon de traiter un produit qui est destiné à l’alimentation », a-t-il déclaré.

L’affaire a aussi rebondi à l’Assemblée nationale. « C’est gênant, les Québécois et les Québécoises payent des taxes et des impôts pour soutenir une agriculture sécuritaire pour tout le monde. Là, ils viennent d’apprendre que leur argent finance des pratiques dangereuses », a souligné la critique en matière d’agriculture pour Québec solidaire, Émilise Lessard-Therrien.

Le ministre Lamontagne lui a répondu qu’il venait de déposer son plan d’agriculture durable, qui vise à récompenser financièrement les producteurs qui adoptent des pratiques favorables à l’environnement. « On va les rétribuer à hauteur de 70 millions pour qu’ils améliorent leurs pratiques et qu’ils prennent des risques additionnels », a-t-il répondu.

Rectificatif: ce texte était initialement accompagné d'une photo montrant un réservoir décrit comme contenant un herbicide, du glyphosate. Cette information était inexacte, le réservoir contenait plutôt une solution azotée, un engrais et non un herbicide. Nos excuses.