(Ottawa) Le gouvernement Trudeau compte sortir le chéquier pour maintenir sur ses rails le projet de construction de la station du Réseau express métropolitain (REM) à l’aéroport international Pierre-Elliott-Trudeau.

Joël-Denis Bellavance Joël-Denis Bellavance
La Presse

La ministre des Finances, Chrystia Freeland, confirmera dans sa mise à jour économique et financière, lundi, qu’Ottawa va avancer les fonds nécessaires à la réalisation de cette partie du projet, jugée cruciale par la Ville de Montréal et le monde des affaires de la métropole, a appris La Presse.

Mme Freeland est contrainte de délier davantage les cordons de la bourse fédérale à la suite de la décision du gouvernement Legault de se retirer du montage financier qui faisait l’objet de pourparlers entre Ottawa et Québec depuis quelques mois afin d’assurer la construction de cette station.

Ce projet est unanimement décrit comme essentiel pour doter l’aéroport d’un réseau de transport collectif intermodal digne d’une grande ville nord-américaine, au même titre que Toronto ou Vancouver, entre autres.

« Ça va être réglé la semaine prochaine », a indiqué à La Presse une source gouvernementale digne de foi qui a requis l’anonymat parce qu’elle n’était pas autorisée à parler publiquement de ce dossier.

Le gouvernement fédéral va payer pour la station du REM à l’aéroport. […] Ça n’avait tout simplement pas de bon sens de ne pas réaliser cette portion du projet. On fait le REM en grande partie pour avoir un lien rapide entre l’aéroport et le centre-ville de Montréal.

Une source gouvernementale qui a requis l’anonymat

Au départ, les coûts de construction de cette station, évalués à 600 millions de dollars, devaient être couverts par Aéroports de Montréal (ADM), mais l’organisme a vu ses revenus chuter de manière brutale à cause de la pandémie, qui a entraîné une diminution de 97 % du trafic passager depuis mars.

Résultat : ADM a lancé un appel d’urgence à Ottawa et à Québec au printemps pour que les deux ordres de gouvernement avancent les fonds nécessaires à la construction de cette station du REM, qui doit être construite à 35 mètres sous l’aérogare. Cette station, faut-il rappeler, fait partie d’un chantier plus vaste de 2,5 milliards de dollars qui vise à améliorer l’ensemble des accès à l’aéroport – un chantier qui a été en grande partie mis sur pause à cause de la pandémie.

Retrait de Québec

Sans cette injection de fonds par Ottawa et Québec, la construction de la station était en péril. L’appel à l’aide semblait avoir été entendu. Une valse de pourparlers et de négociations entre les deux capitales a donné espoir à ADM. La Caisse de dépôt et placement du Québec, maître d’œuvre de l’ensemble du projet de construction du REM, était aussi partie prenante des discussions.

Mais le ministre des Transports du Québec, François Bonnardel, a fait savoir à son homologue fédéral il y a deux semaines qu’il se retirait du montage financier, provoquant la stupéfaction à Ottawa, alors que l’on a déjà entrepris certains travaux de forage pour l’éventuelle construction de la station.

Le bureau de M. Bonnardel a alors soutenu que le Québec avait déjà contribué largement au financement du REM.

L’attachée de presse du ministre Bonnardel, Florence Plourde, a aussi fait valoir que l’aéroport international Pierre-Elliott-Trudeau appartient au gouvernement fédéral.

Les ministres de la région de Montréal du cabinet de Justin Trudeau sont rapidement montés au créneau pour trouver une solution de rechange et éviter que la Ville de Montréal n’encaisse l’humiliation d’être privée de ce lien de transport collectif entre l’aéroport et son centre-ville.

Un projet « essentiel »

« Quelle grande ville dans le monde n’a pas un lien rapide entre son aéroport et son centre-ville ? Londres, Paris, Amsterdam, Tokyo, Toronto en ont un. C’est essentiel, et le transport collectif s’inscrit dans le plan du gouvernement pour lutter contre les changements climatiques », a-t-on souligné jeudi dans les rangs libéraux.

« La position de Québec est complètement insensée, à part peut-être pour faire une jambette au gouvernement fédéral et à la Ville de Montréal », a-t-on avancé.

Cette nouvelle injection de fonds fédéraux va rassurer ADM. La semaine dernière, l’organisme a rappelé qu’il s’agit d’un « projet structurant pour toute la communauté québécoise et qui est prêt à démarrer pour favoriser une relance verte et durable ».

ADM prévoit des pertes de revenus avoisinant les 600 millions pour l’année 2020 uniquement à cause de la pandémie. « Si elle n’obtient pas de prêt, ADM ne voit pas comment elle pourrait financer la construction d’une station du REM à l’aéroport, sans déroger à sa mission première d’autorité aéroportuaire. Avec un budget d’investissement réduit au strict minimum, ADM doit d’abord et avant tout favoriser les projets lui permettant d’assurer l’intégrité de ses actifs et la sécurité du public voyageur », avait affirmé à La Presse Anne-Sophie Hamel, directrice des affaires corporatives et des relations médias chez ADM.

Elle avait aussi rappelé que « le ralentissement au point quasi mort des activités aéroportuaires et l’absence d’aide ciblée pour l’industrie aérienne, une des plus touchées par la crise » depuis le début de la pandémie, « ont eu des effets dévastateurs sur la situation financière d’ADM ».