(Ottawa) Le gouvernement Trudeau met délicatement en branle sa campagne de séduction auprès du président désigné Joe Biden et de son entourage.

Joël-Denis Bellavance Joël-Denis Bellavance
La Presse

Mélanie Marquis Mélanie Marquis
La Presse

Le premier ministre Justin Trudeau a déjà donné le ton. Il a été le premier leader étranger à s’entretenir au téléphone avec M. Biden, après que les médias américains eurent confirmé sa victoire. La Chambre des communes a suivi en adoptant à l’unanimité une motion invitant le nouveau président à effectuer une visite officielle au Canada et à s’adresser au Parlement canadien.

En coulisses, on s’active depuis quelques jours afin de connaître les noms d’acteurs importants qui pourraient faire partie de la prochaine administration. À Washington, les employés de l’ambassade du Canada s’emploient à colliger les moindres détails au sujet des candidats potentiels qui pourraient être appelés à servir au sein de l’administration Biden.

Les grands médias américains ont fait état d’une liste de femmes et d’hommes susceptibles d’occuper les fonctions de secrétaire d’État, de secrétaire au Trésor, de secrétaire à la Défense, de secrétaire aux Transports ou de celui du Logement, entre autres.

Certains des bureaux des ministres du gouvernement Trudeau se livrent au même exercice, selon des informations obtenues par La Presse. Mieux encore, des ministres influents à Ottawa ont déjà leur slogan pour entreprendre une nouvelle ère de collaboration avec Washington, alors que le président désigné a déjà signifié les grandes ambitions de son gouvernement, notamment un plan de relance vert une fois que la pandémie sera maîtrisée.

PHOTO ADRIAN WYLD, ARCHIVES LA PRESSE CANADIENNE

François-Philippe Champagne, ministre des Affaires étrangères

« Let’s build back better… together » est un leitmotiv qu’entend faire valoir le ministre des Affaires étrangères, François-Philippe Champagne, faisant ainsi référence au plan de relance de Joe Biden (« Build back better »). D’autres ministres n’hésiteront pas à reprendre ce refrain à leur compte pour établir des relations cordiales avec leurs vis-à-vis américains.

Des ponts entre Ottawa et Washington

D’ores et déjà, de solides canaux de communications sont établis entre les libéraux de Justin Trudeau et l’entourage de Joe Biden. En effet, M. Biden, qui connaît fort bien le Canada, a nommé mercredi dernier Jen O’Malley Dillon au poste de chef de cabinet adjoint à la Maison-Blanche.

Mme Dillon, qui a géré la campagne présidentielle victorieuse de M. Biden, a tissé des liens étroits avec les libéraux de Justin Trudeau au cours des six dernières années. En février 2014, elle a prononcé un discours devant les militants libéraux lors du congrès biennal du PLC à Montréal.

En 2015, sa firme de consultants, Precision Strategies, a prodigué des conseils stratégiques aux apparatchiks du parti en prévision de la campagne électorale au pays – une campagne au cours de laquelle les libéraux de Justin Trudeau sont passés de la troisième place à la Chambre des communes aux banquettes du gouvernement. Mme Dillon est aussi venue à Ottawa en juillet 2019, quelques mois avant le déclenchement des élections de l’automne dernier, pour offrir de nouveaux conseils stratégiques.

« Nous avons des relations qui se sont établies au fil du temps. C’est sûr que nous sommes tous conscients que le président Trump est président jusqu’au 20 janvier. Et il faut bien reconnaître que nous avons su bien travailler au cours des dernières années avec cette administration républicaine. Mais nous avons aussi été en mesure de le faire avec les démocrates », a indiqué le ministre Champagne dans une entrevue avec La Presse.

C’est sûr qu’avec l’administration du président élu Joe Biden, il a de belles opportunités. On a qu’à penser à sa réponse sur la COVID, au vaccin, à la frontière, au plan de relance vert et aux divers comités qu’il a déjà annoncés. Quand on dit : ‘‘Build back better”, moi je leur dis : ‘‘Let’s build back better together.”

François-Philippe Champagne, ministre des Affaires étrangères

Économie et pandémie

Concrètement, M. Champagne estime que le Canada doit profiter de l’arrivée de cette nouvelle administration pour planifier étroitement les lendemains économiques de la pandémie.

« Comment peut-on faire pour innover plus ensemble ? Comment peut-on faire pour fabriquer plus ensemble ? Et comment peut-on faire pour vendre plus ensemble à travers le monde et créer des millions d’emplois des deux côtés de la frontière ? C’est cela, le grand enjeu, car on va passer d’une chaîne d’approvisionnement globale à plus régionale, on va passer de l’efficacité à la résilience, et on l’a vu durant la COVID-19. Or, il n’y a pas deux pays qui ont des chaînes d’approvisionnement plus intégrées que les nôtres. En soi, c’est un grand avantage que nous détenons », a illustré le ministre Champagne.

Pour l’ancien ambassadeur du Canada à Washington, Raymond Chrétien, il est évident qu’il sera facile de tisser des liens serrés entre le gouvernement Trudeau et la nouvelle administration. Le ton va changer de façon draconienne à Washington, a-t-il dit. Il sera plus « respectueux et convivial ».

« L’arrivée de Joe Biden est une bonne nouvelle pour le Canada. Il connaît bien le Canada. Il est venu ici à plusieurs reprises. […] Et il est un démocrate. Les démocrates et les libéraux s’entendent toujours plus facilement. Ils ont souvent la même approche en ce qui concerne la gestion gouvernementale. L’histoire nous enseigne que lorsqu’il y a un conservateur à Ottawa et un républicain à Washington, ça va bien, et quand il y a un démocrate à Washington et un libéral à Ottawa, ça va bien aussi », a analysé M. Chrétien dans une entrevue avec La Presse.

L’ancien diplomate a aussi souligné que d’ici à ce que M. Biden devienne président le 20 janvier, le gouvernement Trudeau devrait demeurer sous le radar, Donald Trump étant un dirigeant toujours aussi imprévisible qui refuse de concéder la victoire.

Le commerce entre le Canada et les États-Unis

• Près de 75 % des exportations canadiennes aboutissent aux États-Unis

• Deux milliards de dollars d’échanges commerciaux par jour entre le Canada et les États-Unis

• Huit millions d’emplois aux États-Unis dépendent du commerce avec le Canada

• Plus de 30 États américains ont le Canada comme premier partenaire commercial

• 400 000 personnes franchissent la frontière canado-américaine par jour en temps normal