(Ottawa) Au cœur d’une tempête linguistique qu’elle a elle-même déclenchée, Emmanuella Lambropoulos a annoncé jeudi qu’elle souhaitait céder sa place au comité permanent des langues officielles. Elle l’a fait en offrant ses « plus profondes excuses » à ceux qu’elle a pu offusquer.

Mélanie Marquis Mélanie Marquis
La Presse

« Ayant été profondément touchée par les réactions depuis vendredi dernier, et comprenant la sensibilité engendrée par mes propos, j’aimerais aujourd’hui vous informer, Monsieur le Président, de ma volonté de quitter mes fonctions au sein de ce comité à la fin de cette rencontre », a-t-elle déclaré.

La députée a profité de sa plateforme pour professer son amour de la langue de Molière : « La réalité, c’est que j’adore la langue française. Lorsque j’entre dans des commerces dans mon comté ou ailleurs, je commence toujours la conversation en français. »

Son intention de démissionner de son poste, qui a dû être accueillie avec un grand soupir de soulagement par beaucoup de députés libéraux, s’est heurtée à un obstacle procédural – un député ne peut démissionner d’un comité, il doit être congédié par le whip de son parti, a précisé le président du comité, Emmanuel Dubourg.

Le préfet de discipline des libéraux, Mark Holland, n’a pas répondu aux demandes de précisions de La Presse, jeudi. Des députés qui siègent au comité des langues officielles ont toutefois félicité la jeune députée montréalaise pour le courage dont elle a fait montre avec sa sortie publique.

La députée d’arrière-ban de la circonscription de Saint-Laurent prenait la parole pour la première fois depuis qu’elle s’est retrouvée au cœur d’une controverse linguistique qui a plongé le gouvernement de Justin Trudeau dans l’embarras.

Une intervention « insensible et maladroite »

La bourde remonte à vendredi dernier, lorsque, au cours de la réunion virtuelle du même comité, l’élue a remis en doute le déclin du français au Québec en formant des guillemets avec ses doigts au moment de prononcer le mot déclin dans une question qu’elle a posée en anglais.

Cette position est diamétralement opposée à celle du gouvernement, qui a reconnu pour la première fois l’existence du déclin de la langue française – prenant même soin d’évoquer sa fragilité dans le discours du Trône prononcé en septembre dernier.

« En regardant la vidéo de ma question le lendemain matin, j’ai réalisé à quel point la façon [dont] j’ai posé la question était insensible et maladroite », a laissé tomber la députée lors de son allocution devant le comité, jeudi.

Ses déclarations ont fourni aux partis de l’opposition des munitions qu’ils ne se sont pas privés d’utiliser à la Chambre des communes. Depuis le début de la semaine, le gouvernement Trudeau a été soumis à un barrage de questions sur Emmanuella Lambropoulos.

Le Parti conservateur et le Nouveau Parti démocratique avaient officiellement réclamé mercredi l’éjection de la députée du comité. Le Bloc québécois n’en avait pas formulé la demande expresse, sous prétexte que la députée avait tout simplement « dit tout haut » ce que plusieurs de ses collègues « pensent tout bas ».

L’annonce de la députée n’a pas suffi aux conservateurs. « Trop peu trop tard ! Si les députés libéraux n’ont pas dénoncé les propos d’Emmanuella Lambropoulos, c’est parce qu’ils pensent comme elle », pouvait-on lire sur le compte Twitter – celui en français – du Parti conservateur, jeudi.

Au Bloc québécois, on y est allé de cette réaction : « Mme Lambropoulos a fait le choix de quitter le comité des langues officielles. Maintenant, nous espérons qu’elle soit remplacée par quelqu’un qui se soucie davantage de la situation du français au Québec et chez les minorités francophones. »

Pas son premier faux pas

Au cours des derniers jours, plusieurs libéraux ont exprimé un ras-le-bol par rapport à la jeune élue, qui n’en était pas à ses premiers commentaires controversés. Dans le passé, elle a notamment comparé la loi sur la laïcité à la ségrégation, et plus récemment, a employé le terme « ennemi » pour désigner la Turquie.

En fait, elle avait fait sourciller dès son discours de victoire à l’investiture libérale, en 2017, en faisant une grande place à l’anglais. Lorsqu’on lui avait demandé de fournir des explications à ce sujet, elle avait dit que la langue de Shakespeare était sa préférée.

Le triomphe de celle qui était alors enseignante avait causé la surprise, car elle avait coiffé au poteau celle qui était la favorite de l’establishment libéral, l’ancienne ministre québécoise Yolande James, et la fiscaliste Marwah Rizqy, maintenant députée à l’Assemblée nationale.