(Ottawa) La Chambre des communes demande au gouvernement Trudeau de décider d’ici 30 jours s’il compte donner le feu vert au géant chinois des télécommunications Huawei pour participer au déploiement de la technologie 5G sur le territoire canadien.

Joël-Denis Bellavance Joël-Denis Bellavance
La Presse

Par un vote de 179 à 146, la Chambre des communes a ainsi donné sa bénédiction à la motion du Parti conservateur qui invite le gouvernement Trudeau à non seulement prendre une décision dans ce délicat dossier, mais à doter le Canada d’une « politique étrangère rigoureuse et fondée sur des principes », à l’endroit de la Chine, également dans un délai de 30 jours.

Le vote sur cette motion, qui a eu lieu 24 heures après un débat de six heures sur la « menace » que représente la Chine à la sécurité nationale du pays, a mis au grand jour une certaine dissension dans les rangs libéraux sur la meilleure façon de composer avec le régime communiste de Pékin.

En effet, cinq députés libéraux ont voté en faveur de la motion, dont le président du comité de la sécurité publique de la Chambre des communes, John McKay, et le président du comité des finances, Wayne Easter, qui a aussi été Solliciteur général dans l’ancien gouvernement libéral de Jean Chrétien.

Tous les ministres du cabinet ainsi que le premier ministre Justin Trudeau ont toutefois voté contre.

Mais les députés du Bloc québécois et la majorité des députés du NPD ont appuyé la motion qui a été parrainée aux Communes par le député conservateur Michael Chong. Trois députés néo-démocrates se sont abstenus, tandis que les trois députés du Parti vert se sont prononcés en faveur.

Alors que le président des Communes Anthony Rota annonçait les résultats du vote, on a pu entendre les applaudissements venant des banquettes de l’opposition pour marquer l’adoption de la motion.

Reste à savoir si le gouvernement Trudeau va respecter les directives de la Chambre des communes.

Il est temps de mettre fin à l’incohérence qui caractérise les relations du gouvernement libéral avec le régime communiste chinois. Les Canadiens s’attendent à ce que le gouvernement libéral défende nos valeurs démocratiques et respecte la volonté du Parlement en agissant afin de défendre la sécurité nationale du Canada », a affirmé le chef du Parti conservateur Erin O’Toole dans un courriel à La Presse.

« Il faut qu’il prenne une décision sur Huawei et le réseau 5G du Canada, et qu’il élabore un plan pour protéger les Canadiens contre l’influence croissante des opérations de la Chine ici au pays. Il est temps de défendre notre intérêt national et nos valeurs en priorité. Il est temps de défendre le Canada », a-t-il ajouté.

Alors que les principaux alliés du Canada ont déjà exclu le géant chinois des télécommunications Huawei dans le déploiement de la technologie 5G sur leur territoire, le Parti conservateur estime qu’il est temps de leur emboîter le pas. Les troupes conservatrices talonnent les libéraux de Justin Trudeau dans ce dossier depuis près de deux ans.

La motion qui a été adoptée mercredi critique sans ménagement le comportement de la Chine, notamment depuis l’arrestation de l’arrestation de Meng Wanzhou par les autorités canadiennes, à Vancouver, en décembre 2018, à la demande des États-Unis. Dans la foulée de son arrestation, la Chine a arrêté l’ex-diplomate canadien Michael Kovrig et un consultant, Michael Spavor en guise de représailles. Pékin a aussi imposé des mesures de rétorsion commerciale en interdisant les exportations canadiennes de porc et de canola, entre autres mesures. L’audience finale pour déterminer si Meng Wanzhou doit être extradée aux États-Unis est prévue en avril prochain.

Rappelons que les États-Unis, l’Australie et la Nouvelle-Zélande ont exclu l’entreprise Huawei de son réseau 5G pour des raisons de sécurité nationale. Le Royaume-Uni a aussi annoncé il y a quelques mois le retrait progressif des équipements Huawei de ses réseaux 5G d’ici 2023, également en raison d’inquiétudes entourant la sécurité nationale.

Au Canada, le SCRS a fait savoir au gouvernement Trudeau qu’il serait imprudent de confier le déploiement de la technologie 5G à cette entreprise en raison de ses liens avec le Parti communiste à Pékin.

Le gouvernement Trudeau avait indiqué quelques mois avant les élections de 2019 qu’une décision était imminente. Mais le ministre de la Sécurité publique de l’époque, Ralph Goodale, n’a jamais annoncé les couleurs du gouvernement dans ce dossier. Il a été défait aux dernières élections. Le successeur de M. Goodale, le ministre Bill Blair, n’a toujours pas dévoilé les intentions d’Ottawa.