Alors que les tensions sont vives entre l’État et les communautés autochtones, dans la foulée du décès de Joyce Echaquan à Joliette, le gouvernement Legault et l’Assemblée des Premières Nations du Québec et Labrador (APNQL) ont tenté mardi de calmer le jeu. Une table politique sera mise sur pied, dans l’objectif d’assurer un suivi plus serré des dossiers jugés prioritaires.

Henri Ouellette-Vézina Henri Ouellette-Vézina
La Presse

Cette annonce survient en effet presque deux mois après la mort de Joyce Echaquan, cette mère de famille de Manawan morte sous les insultes racistes du personnel infirmier de l’hôpital de Joliette, le 28 septembre dernier, dont l’histoire a causé une onde de choc partout au Québec.

La nouvelle table devrait être rapidement amenée à travailler sur des litiges en cours, dont les tensions entourant la chasse à l’original dans la réserve faunique La Vérendrye. C’est à cet endroit que des Autochtones ont érigé des barrages, cet automne, en exigeant un moratoire de cinq ans sur la chasse, afin de lutter contre le déclin des populations.

Ce qui a été vécu cet automne, on ne veut plus le revivre de part et d’autre.

Ian Lafrenière, ministre responsable des Affaires autochtones

M. Lafrenière a rencontré lundi la grande cheffe du Conseil tribal de la nation algonquine Anishinabeg, Verna Polson, afin d’éviter que de nouvelles barricades ne soient érigées. Québec repoussera notamment le tirage au sort des permis de chasse au mois de mars 2021, le temps de trouver une solution. Le médiateur Mario Gibeault a été nommé par le gouvernement, pour la suite.

L’accès égalitaire au système de soins sera aussi un enjeu de taille pour cette nouvelle table. « Ça passe par des ajustements importants dans le réseau, dans la façon dont il intervient lorsqu’il s’agit de nos populations. Ce qui s’est passé à Joliette est inacceptable, comme ce le serait partout ailleurs », a déploré le chef de l’APNQL, Ghislain Picard.

« On sait exactement ce qu’on veut changer dans le système de la santé, mais on est très ouverts », a de son côté indiqué le ministre Lafrenière, qui vise à ce que la table tienne des rencontres « hebdomadaires ». Québec affirme toutefois que cet organisme ne sera pas « l’unique moyen » de régler des problèmes, l’intolérance et le racisme à l’égard des Premières Nations appelant à une « vision globale ».

Ghislain Picard, lui, a rencontré le premier ministre François Legault en début de journée. Il a promis que cette table politique ne se substituera pas aux « processus pluriels impliquant des nations ». « Certains aspects restent à définir. On a une grande diversité, une réalité géopolitique qui est la nôtre », a-t-il illustré, en disant espérer que cette annonce puisse « souffler sur les braises » de la réconciliation.

Un rapport qui fait jaser

Plus tôt, lundi, la nation atikamekw a dévoilé le « Principe de Joyce ». Ledit document propose plusieurs pistes de solutions pour assainir la relation entre les Autochtones et les autorités gouvernementales. On y suggère entre autres la création d’un « bureau d’ombudsman à la santé des Autochtones » ainsi qu’une phase de formation obligatoire et récurrente « à tous les niveaux » pour assurer aux membres des Premières Nations un accès équitable et « sans aucune discrimination » aux services de santé.

Les auteurs pressent aussi Québec et Ottawa de « reconnaître le droit à l’autonomie et à l’autodétermination des peuples autochtones » en matière de santé et de services sociaux, en plus de réclamer la reconnaissance du racisme systémique envers les peuples autochtones.

On espère vraiment que le Québec va réagir et répondre à ça. C’est la priorité numéro un pour nous, à ce stade-ci.

Ghislain Picard, chef de l’APNQL, à propos du « Principe de Joyce »

Appelé à réagir, Ian Lafrenière a dit saluer la démarche, sans toutefois vouloir s’avancer sur l’application de certaines recommandations en particulier. « On salue cette démarche. Ça va nous aider sur le terrain et on verra comment on va l’appliquer », a-t-il répondu.

Des relations houleuses

Au début octobre, la relation houleuse entre Québec et l’APNQL avait fait les manchettes. Ghislain Picard avait en effet annulé sa présence à une rencontre prévue avec M. Legault, en disant craindre que cet entretien ne soit qu’un exercice de relations publiques du gouvernement pour calmer la vague d’indignation.

M. Picard avait alors demandé la garantie qu’une rencontre aurait aussi lieu avec le leadership atikamekw et le premier ministre, sans quoi « il voyait mal l’utilité de se présenter ».

« Je ne comprends pas à quoi joue le chef Picard », avait rapidement rétorqué François Legault, en avouant avoir une certaine « difficulté à le suivre ». « Ça fait deux fois qu’il fait ça en très peu de temps », avait dit le premier ministre, en assurant néanmoins que la porte de son bureau « demeure ouverte ».

Questionné à ce sujet, mardi, le chef Picard s’est montré prudent. « Il y a eu plusieurs accrochages. Et il y a du rattrapage à faire », a-t-il reconnu, en disant toutefois miser sur le consensus. « Il y a eu ces deux ans de vide où nous avons probablement été plus souvent obligés de réagir. J’ai expliqué ça très clairement au premier ministre », a-t-il ajouté.