(Québec) Les partis de l’opposition réclament d’une seule voix que le ministre de la Justice, Simon Jolin-Barrette, suspende la fonctionnaire France Rémillard de ses fonctions, le temps qu’une enquête interne la visant soit terminée. Pour « maintenir la confiance du public » dans la division qu’elle dirige, le Ministère lui a confié « d’autres fonctions pour la durée de l’enquête ».

Hugo Pilon-Larose
Hugo Pilon-Larose La Presse

Mme Rémillard est directrice de l’Autorité centrale du Québec (ACQ), une division du ministère de la Justice qui enquête sur les enfants présents sur le sol québécois qui ont été kidnappés à l’étranger.

La Presse a révélé samedi que Mme Rémillard et le ministère de la Justice ont récemment été condamnés en Cour supérieure à dédommager une réfugiée, dont l’ex-mari violent d’origine saoudienne a pu retrouver sa trace au Québec, avec leur fils, avec l’aide de la fonctionnaire. Le jugement a été porté en appel.

« Comment se fait-il que le procureur général, le ministre, a décidé d’aller en appel face à un jugement aussi implacable et lapidaire à l’égard de la fonctionnaire ? […] Les faits sont extrêmement troublants. Le ministère de la Justice devrait être en mode transparence complète », a dénoncé lundi la députée péquiste Véronique Hivon. Selon elle, « si [la situation est] assez sérieuse pour déclencher une enquête interne, c’est assez sérieux de suspendre la personne le temps de voir ce qui est arrivé ».

Le ministre de la Justice a annoncé samedi sur Twitter qu’une enquête interne était déclenchée au sein de son ministère en lien avec cette histoire. M. Jolin-Barrette n’a pas donné suite à une demande d’entrevue. « Afin de maintenir la confiance du public dans l'ACQ, pour la durée de l'enquête interne, Madame Rémillard s'est vu confier d'autres fonctions au sein du ministère », nous a-t-on plutôt répondu à la direction des communications du ministère de la Justice.

« Dans un cas comme celui-là, je me questionne sérieusement si une enquête interne est suffisante. Il me semble que ça serait plus rassurant de voir un expert externe faire la lumière », a ajouté lundi Mme Hivon.

Le député libéral Marc Tanguay estime pour sa part que « la seule chose à faire, la seule, c’est de suspendre la directrice de l’ACQ le temps que les procédures se terminent. C’est la seule chose. Il n’y a pas d’autres options ».

« Aujourd’hui, elle est toujours directrice de l’ACQ. Elle prend toujours des dossiers, elle en est la directrice. Elle décide pour le ministère de la Justice, elle est la voix et le visage du Ministère à titre de directrice. C’est totalement inconcevable », a-t-il dit.

M. Tanguay déplore aussi que Québec en appelle du jugement, ce qui « ajoute à l’opprobre sur cette femme et son fils ».

« Il vient de rallonger pour plusieurs mois ou années les débats judiciaires et de reporter l’indemnisation qui lui a été octroyée. Elle n’aura pas une cent dans l’immédiat et il va la traîner à nouveau à la cour », a-t-il dit.

Pour Gabriel Nadeau-Dubois, de Québec solidaire, le jugement rendu par la Cour supérieure « est dévastateur pour la fonctionnaire en question ».

« C’est toute l’unité qu’elle dirige au sein du ministère de la Justice qui voit son travail entaché par le jugement qui a été rendu. […] À lire le jugement, à lire l’enquête qui a été faite par La Presse, on est devant un dérapage monumental », a-t-il déploré, réclamant à son tour la suspension de Mme Rémillard le temps de l’enquête interne.