(Québec) Le gouvernement Legault se montre ouvert à reconnaître l’existence de « discrimination systémique » à l’égard des Autochtones. De son côté, l’Assemblée nationale a adopté une motion pour que Québec dépose un projet de loi visant à accroître le sentiment de sécurité des Premières Nations dans les services publics.

Tommy Chouinard Tommy Chouinard
La Presse

Fanny Lévesque Fanny Lévesque
La Presse

Selon une source gouvernementale, il y a de « l’ouverture » pour reconnaître la discrimination systémique, plutôt que le racisme systémique. Un débat agite le gouvernement sur le sujet, et il y a une tendance en faveur d’un appui aux mots utilisés dans le rapport Viens.

Dans son rapport déposé il y a un an, le juge à la retraite Jacques Viens, qui a présidé la commission d’enquête sur les relations entre les Autochtones et certains services publics, a conclu qu’il lui « semble impossible de nier la discrimination systémique dont sont victimes les membres des Premières Nations et les Inuits dans leurs relations avec les services publics ayant fait l’objet de l’enquête ».

« La discrimination systémique a pour caractéristique d’être largement répandue, voire institutionnalisée dans les pratiques, les politiques et les cultures ayant cours dans une société. La discrimination systémique peut entraver le parcours d’un individu tout au long de sa vie et même avoir des effets négatifs sur plusieurs générations », explique-t-il pour définir le phénomène.

« Si les problèmes ne sont pas toujours érigés en système, une certitude se dégage en effet des travaux de la Commission : les structures et les processus en place font montre d’une absence de sensibilité évidente aux réalités sociales, géographiques et culturelles des peuples autochtones », poursuit-il.

Mercredi matin, le chroniqueur politique du 98,5, Bernard Drainville, témoignait du débat en cours au gouvernement au sujet du racisme systémique. Il rapportait que de plus en plus de députés et de ministres sont prêts à reconnaître le racisme systémique envers les autochtones.

M. Legault n’a pas fait allusion au racisme systémique lorsqu’il a présenté des excuses officielles aux proches de Joyce Echaquan mardi au Salon bleu.

La communauté de Manawan a révélé mardi tard en soirée que la famille de Mme Echaquan a refusé que François Legault participe aux funérailles de la défunte en raison de « sa fermeture » à reconnaître l’existence du racisme systémique. Ils invitent le premier ministre à revoir sa position.

« C’est un choix qui appartient [à la famille], mais je peux comprendre que voir le premier ministre de l’État du Québec se refuser de reconnaître ce que tu vis, toi, comme autochtone au quotidien, je pense que c’est un des éléments fondamentaux de leur décision », a réagi la co-porte-parole de Québec solidaire, Manon Massé.

« Vous avez vu que le lien de confiance est visiblement brisé présentement et ce n’est bon pour personne. Ce n’est pas bon pour le Québec, la situation dans laquelle on se trouve », a pour sa part affirmé la cheffe du Parti libéral, Dominique Anglade, faisant allusion au fait que M. Legault n’ait pas été admis aux funérailles.

Le député libéral Gregory Kelley a assisté à la cérémonie mardi à Manawan. Véronique Hivon, députée de Joliette, et Mme Massé ont aussi été invitées par les chefs atikamekw, mais elles ont décliné l’invitation pour des raisons sanitaires.

Motion unanime à l’Assemblée nationale

L’Assemblée nationale a adopté à l’unanimité mercredi la motion présentée par le Parti québécois demandant à Québec de déposer un projet de loi sur « le principe de sécurisation culturelle » des Autochtones. La motion rappelle qu’à « la lumière de nombreux témoignages » entendus lors de la Commission Viens, les Premières Nations et les Inuits « ne se sentent pas en sécurité lorsque vient le temps de mettre leur santé entre les mains des services publics ».

Le Parti québécois demande à ce que le « principe de sécurisation culturelle » soit enchâssé dans la Loi sur les services de santé et services sociaux. Il s’agit d’ailleurs d’une recommandation du rapport Viens.

« La sécurisation culturelle, c’est un message fort, un geste très fort qu’on peut poser, au lendemain des excuses qui ont été prononcées, pour montrer que, oui, on est en action […] et qu’il va y avoir, donc, de réelles, réelles conséquences très concrètes au décès de Joyce Echaquan », a expliqué la députée Véronique Hivon.

Selon elle, l’adoption de ce principe « ça veut dire des formations, du personnel qui connaît les réalités, des interprètes […] et ça veut dire qu’on vient reconnaître qu’il y a des différences », a-t-elle énuméré.

On demande par ailleurs que la pièce législative soit rédigée en collaboration avec les Premières Nations.