(Québec) La ministre responsable des Affaires autochtones, Sylvie D’Amours, « n’est plus apte à occuper ses fonctions », estime la cheffe libérale, Dominique Anglade, qui réclame la démission de l’élue caquiste au lendemain de la mort de Joyce Echaquan et de l’anniversaire du rapport de la commission Viens.

Fanny Lévesque Fanny Lévesque
La Presse

La goutte qui a fait déborder le vase, c’est la publication d’un communiqué « froid » et « insultant », publié mercredi par le cabinet de la ministre D’Amours, soulignant le dépôt, il y a un an, du rapport accablant du juge à la retraite Jacques Viens. Pas un mot ne fait allusion à la mort troublante de l’Atikamekw de 37 ans, qui a soulevé l’indignation partout au Québec.

« Je pense qu’avec ce communiqué, elle a déjà écrit sa lettre de démission, très franchement », a lancé Mme Anglade en mêlée de presse.

« J’ai pris connaissance du communiqué qui a été publié par la ministre [responsable] des Affaires autochtones et honnêtement, ce communiqué est une véritable insulte », a-t-elle ajouté.

En milieu d'après-midi mercredi, le cabinet de Mme D'Amours a publié un second communiqué dans lequel elle offre à nouveau ses condoléances à la famille de Mme Echaquan. Elle l'avait fait mardi au Salon bleu.

« Le Québec entier a été chamboulé par le décès de Mme Joyce Echaquan. Je veux offrir, au nom du gouvernement du Québec, toutes mes condoléances à la famille et à la communauté Atikamekw de Manawan. Ce drame survenu à Joliette nous rappelle, une fois de trop, l'urgence d'agir. Nous n'avons jamais eu la prétention de dire que nous arriverions à changer 150 ans d'histoire en 1 an », a-t-elle écrit.

PHOTO OLIVIER JEAN, ARCHIVES LA PRESSE

La ministre responsable des Affaires autochtones, Sylvie D’Amours.

« Ce qui s'est produit est inacceptable et intolérable dans une société comme la nôtre, en 2020. Je veux assurer l'ensemble des populations et communautés autochtones que nous travaillons sans relâche à la mise en œuvre des appels à l'action de la Commission Viens et les appels à la justice de l'Enquête nationale sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées. Je nous invite à continuer à travailler ensemble dans cette même direction. Je suis de tout cœur avec la famille et la communauté de Manawan », poursuit-elle.

Selon la cheffe Dominique Anglade, la ministre D’Amours n’a pas « la confiance » du milieu autochtone pour « exercer les fonctions qu’elle occupe aujourd’hui ». Mme Anglade demande au premier ministre Legault « d’assumer un véritable leadership sur la question autochtone » alors que la mise en oeuvre du rapport Viens n’avance pas.

« Il n’y a rien qui a été fait », s’insurge-t-elle citant les quatre « appels à l’action » énumérés dans le communiqué qui sont en voie d’être réalisés. « Il y en a deux qui sont des adoptions de motions d’il y a un an, je pense que c’est sérieusement rire des gens », a poursuivi Mme Anglade devant les journalistes.

La co-porte-parole de Québec solidaire, Manon Massé, a pour sa part indiqué que « ça prend du front tout le tour de la tête » pour que la ministre d'Amours «se félicite» de son bilan. « Il y a à peine un mois, elle les reléguait à titre de "quatrième opposition" et pas plus tard qu’hier, madame D’Amours mettait son inaction sur le dos de [l'Assemblée des Premières Nations du Québec et du Labrador », a-t-elle souligné.

Québec estime avoir débuté le travail de mise en oeuvre de 51 « appels à l’action » du rapport Viens, qui a conclu que les Autochtones étaient victimes de discrimination systémique dans les services publics québécois. Le premier ministre François Legault a offert des excuses officielles au Salon bleu dans les jours suivant le dépôt du document.

« Bien sûr, nous aurions aimé agir plus rapidement pour les autres appels à l’action et nous étions bien partis, avec les rencontres d’octobre 2019 et de janvier 2020, mais la pandémie est venue bouleverser nos plans, à nous aussi », a expliqué la ministre D’Amours dans un premier communiqué publié mercredi matin.

« Ce qui importe, c’est que nous continuons d’avancer dans le respect constant de notre engagement à cheminer main dans la main avec les Premières Nations et les Inuits. La mise en oeuvre des appels à l’action demeure ma priorité, et il me tarde de pouvoir vous annoncer de bonnes nouvelles en ce sens prochainement », ajoutait-elle.

Les discussions entre l’Assemblée des Premières Nations du Québec et du Labrador (APNQL) et le cabinet de la ministre d’Amours sont au point mort depuis plusieurs mois. Mardi, l’APNQL a d’ailleurs présenté son propre plan d’action pour lutter contre le racisme en réponse au groupe d’action sur le racisme créé par le gouvernement Legault en juin dernier.

Ce groupe d'actions sur le racisme a été créé « pour faire probablement diversion », a soutenu le député du Parti québécois, Joël Arseneau. « Est-ce que [le gouvernement] en a assez fait ? Définitivement, non. Il a nommé un comité de parlementaires caquistes qui travaillent actuellement sur le dossier. On a voulu créer un comité pour faire probablement diversion. Moi, je pense que le gouvernement doit faire face à ses responsabilités dans ce dossier-là », a-t-il déploré.