(Québec) Justin Trudeau ne s’est pas fait d’amis à Québec avec son discours du Trône. Tous les partis représentés à l’Assemblée nationale ont accusé le premier ministre canadien de vouloir empiéter sur les champs de compétence des provinces, la santé surtout.

Tommy Chouinard Tommy Chouinard
La Presse

Avant même que la gouverneure générale Julie Payette n’ait terminé la lecture du discours, le premier ministre François Legault, en isolement préventif, a envoyé un message sur les réseaux sociaux pour manifester sa déception.

C’est un « discours du Trône décevant pour le Québec », qui « ne respecte pas le champ de compétences des provinces en santé », a déploré M. Legault, qui avait reçu copie du discours un peu à l’avance.

Président du Conseil de la fédération, il aura un entretien jeudi sur la question avec ses homologues des autres provinces.

Justin Trudeau n’a pas dit un mot sur une hausse des transferts fédéraux en santé, pourtant la priorité unanime des provinces et des territoires. Quatre premiers ministres — François Legault, Doug Ford (Ontario), Brian Pallister (Manitoba) et Jason Kenney (Alberta) — avaient fait une sortie publique vendredi pour réclamer 28 milliards de plus par année, sans condition.

Dans l’entourage de François Legault, on est catastrophé que Justin Trudeau revienne à la charge avec des normes nationales pour les centres de soins de longue durée.

Le premier ministre canadien avait évoqué l’idée au printemps, mais les provinces l’avaient dissuadé de l’imposer comme condition pour obtenir des fonds afin de répondre à la crise de la COVID-19.

Autre source d’inquiétude : Justin Trudeau veut financer des places en garderie et créer un régime universel d’assurance médicaments. Ces intentions ne sont pas nouvelles, mais dans un cas comme dans l’autre, Ottawa a refusé jusqu’ici de garantir un droit de retrait du programme fédéral avec pleine compensation financière pour le Québec, qui a déjà un réseau de services de garde et une assurance médicaments. Concernant ce dernier dossier, Ottawa a déjà indiqué en coulisses au gouvernement Legault qu’il veut s’assurer que le programme québécois réponde aux critères qu’il veut mettre en place – autre source d’inquiétude à Québec.

Le gouvernement Legault reproche également à Justin Trudeau de vouloir « passer par-dessus les provinces » en intervenant directement auprès des municipalités, notamment avec l’idée d’accroître le nombre de parcs en milieu urbain.

« Non négociable », dit Anglade

De son côté, la cheffe du Parti libéral du Québec, Dominique Anglade, soutient que « le respect de nos champs de compétence est non négociable ».

« Alors que les Québécoises et les Québécois traversent la 2e vague de la COVID-19, ce discours du Trône aurait été l’occasion pour le gouvernement fédéral de répondre aux attentes formulées comme le respect des compétences du Québec, notamment en matière de santé, de logement et d’affaire sociaux », a-t-elle ajouté dans un communiqué. « Nous exigeons un droit de retrait avec pleine compensation, sans condition, pour tous les programmes et les initiatives adoptées par le gouvernement fédéral et relevant de nos champs de compétence. »

PHOTO JACQUES BOISSINOT, ARCHIVES LA PRESSE CANADIENNE

Dominique Anglade, cheffe du Parti libéral du Québec

Mardi, elle avait fait adopter une motion unanime à l’Assemblée nationale exigeant que le gouvernement fédéral respecte les compétences du Québec dans son discours du Trône. Cette mesure paraît ne pas avoir eu d’effet sur Justin Trudeau, qui n’a guère été impressionné par des motions du genre dans le passé. « Il y a eu unanimité à l’Assemblée nationale ? Mon Dieu, ça n’arrive jamais, ça ! », ironisait-il en mai 2018.

À Québec solidaire, Sol Zanetti en a surtout contre l’intention d’imposer des normes nationales pour les centres de soins de longue durée. « Encore une fois, parce qu’on est une province, on va subir une centralisation politique et se voir déposséder de notre liberté d’action dans le domaine de la santé, un pouvoir qui devrait nous être exclusif. Il y a beaucoup de choses à améliorer dans les soins de longue durée et les soins à domicile au Québec, mais c’est nous qui devons nous en charger », a-t-il commenté.

La péquiste Véronique Hivon voit dans ce discours du Trône « un autre échec du nationalisme » caquiste. « Non seulement le discours du Trône fédéral ne répond pas aux (pourtant très timides) demandes du gouvernement Legault, mais il comporte des intrusions très graves avec notamment une annonce de « normes nationales » en santé », a affirmé la députée de Joliette.