(Ottawa) Alors qu’il doit présenter les grandes lignes de son plan de relance dans un discours du Trône le 23 septembre, le gouvernement Trudeau tient aussi mordicus à resserrer les mailles du filet social, qui a été considérablement sollicité durant la pandémie de COVID-19.

Joël-Denis Bellavance Joël-Denis Bellavance
La Presse

Entre autres mesures, le gouvernement Trudeau jongle avec l’idée de créer une nouvelle prestation pour les personnes âgées, l’Allocation canadienne pour les aînés, laquelle s’inspirerait largement des éléments progressistes de l’Allocation canadienne pour enfants, mise en œuvre en 2016, a appris La Presse.

Cette nouvelle Allocation canadienne pour les aînés viserait d’abord et avant tout à offrir un soutien financier aux personnes âgées qui peinent à joindre les deux bouts parce qu’elles n’ont pas un revenu suffisant à la retraite, même en touchant le supplément de revenu garanti. Le montant de l’allocation serait modulé en fonction du revenu de la personne.

Selon nos informations, le président du Conseil du Trésor, Jean-Yves Duclos, est l’un des ministres du cabinet qui planchent sur cette nouvelle mesure. Avant de se voir confier le Conseil du Trésor, M. Duclos était ministre de la Famille, des Enfants et du Développement social. Il a donc piloté la mise en œuvre de la nouvelle Allocation canadienne pour enfants durant le premier mandat des libéraux – une mesure qui a permis de sortir quelque 300 000 enfants de la pauvreté depuis son entrée en vigueur.

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Jean-Yves Duclos, président du Conseil du Trésor

« Les aînés ont beaucoup souffert au cours des derniers mois », a affirmé une source gouvernementale à La Presse pour expliquer les intentions du gouvernement Trudeau.

Plusieurs mesures

Dans les rangs libéraux, on juge important de resserrer les mailles du filet social dans la foulée de la pandémie de COVID-19. D’où l’intention du gouvernement Trudeau de revoir également en profondeur le programme d’assurance-emploi et d’augmenter les investissements fédéraux dans le logement social, entre autres mesures.

Selon le réseau CBC, le gouvernement Trudeau compte aussi s’engager à investir dans les soins de longue durée pour corriger les lacunes relevées dans les CHSLD et qui ont conduit à la grande majorité des décès attribuables à la COVID-19 au pays.

Il compte aussi promettre des investissements supplémentaires aux provinces pour créer de nouvelles places en garderie.

Ces thèmes et d’autres devraient être abordés dans le discours du Trône qui sera lu au Sénat, comme le veut la tradition, par la gouverneure générale Julie Payette mercredi prochain.

L’idée de mettre sur pied un revenu minimum garanti fait aussi son chemin au sein du cabinet fédéral, et surtout au sein du caucus libéral. Mais la facture liée à la création d’un tel programme pourrait être salée. Cela demanderait une réforme titanesque des programmes sociaux actuels. Le gouvernement Trudeau, minoritaire à la Chambre des communes, n’aura pas forcément les coudées franches et tout le temps devant lui pour mener à bien une telle bonification du filet social.

« Il faut transformer le filet social par une trampoline sociale qui amortit la chute. Il faut apporter certains changements pour resserrer les mailles du filet social », a ajouté cette même source gouvernementale, qui a requis l’anonymat parce qu’elle n’était pas autorisée à parler publiquement des intentions du gouvernement.

Justin Trudeau et l’ensemble de ses ministres sont réunis depuis lundi à Ottawa afin d’apporter les dernières touches au discours du Trône et de préparer la prochaine session parlementaire, qui s’annonce mouvementée.

Priorité à la pandémie

Dans l’immédiat, la gestion de la crise de la pandémie demeure la priorité du gouvernement, d’autant plus qu’on assiste à l’heure actuelle à une augmentation du nombre de cas quotidiens depuis quelques jours au pays.

« La pandémie est la priorité. On l’a dit depuis le jour un », a lancé lundi le leader du gouvernement en Chambre, le ministre Pablo Rodriguez.

« La santé, la sécurité des Canadiens sont la priorité absolue du gouvernement du Canada. Cela dit, on peut faire plus d’une chose à la fois en accordant toute la priorité nécessaire à la santé. On travaille aussi pour renforcer la situation de nos entreprises, de nos PME, faire en sorte qu’elles puissent survivre, en sorte qu’elles puissent maintenir les emplois pour qu’ensemble, on soit plus forts au moment de la relance », a-t-il ajouté.

En point de presse avant le début de la retraite du cabinet de deux jours, le premier ministre a aussi lancé un appel à la vigilance.

« Ce qu’on est en train de voir dans les chiffres ces jours-ci devrait inquiéter tout le monde. On voit une reprise de la COVID-19. Nous devons encore nous concentrer sur l’éclosion de COVID. […] Nous nous devons d’être extrêmement vigilants », a-t-il dit.