(Ottawa ) « Une grande dame nous a quittés. C’était une force tranquille et une femme de cœur. »

Joël-Denis Bellavance
Joël-Denis Bellavance La Presse

Les éloges et les témoignages ont commencé à affluer à la suite du décès d’Aline Chrétien, l’épouse de l’ancien premier ministre Jean Chrétien, samedi, à l’âge de 84 ans, à son domicile du Lac des Piles.

Selon certains, Jean Chrétien ne serait probablement jamais devenu premier ministre du Canada sans les précieux et sages conseils de son « roc de Gibraltar. » Le couple a souligné son 63e anniversaire de mariage le 10 septembre.

« Mme Chrétien était une femme élégante, très terre à terre. Elle n’a jamais oublié d’où elle venait. Elle avait un jugement hors pair. C’était probablement le plus proche conseiller de son mari durant toute sa carrière. Elle savait toujours que ce n’était pas elle qui avait été élue. Elle donnait ses conseils en privé. Mais elle ne voulait pas que ce soit rendu public », a témoigné Eddie Goldenberg, un ancien proche collaborateur de Jean Chrétien pendant près de trois décennies.

« M. Chrétien disait des fois : « On m’a fait une telle recommandation en théorie c’était très bon ». Mme Chrétien lui disait : « En théorie, c’est peut-être très bon, mais pour Monsieur et Madame Tout le monde de Shawinigan, ça ne marche pas du tout ». C’était donc une femme extrêmement sage », a ajouté M. Goldenberg.

Mme Chrétien n’a jamais oublié ses origines. Elle était d’une « grande courtoisie ». « Quand elle allait chez des gens, elle voulait toujours aider dans la cuisine par exemple, en sortant la vaisselle. Le fait que c’était la femme du premier ministre ou de l’ancien premier ministre importait peu pour elle. »

« Elle a eu une grande influence sur M. Chrétien. Quand ils étaient plus jeunes, elle a réussi à lui donner une grande discipline qui lui faisait défaut quand il était à l’école », a ajouté M. Goldenberg, qui a rencontré Mme Chrétien en 1972.

« Elle pouvait rencontrer la reine Élisabeth II au Palais de Buckingham, elle représentait très bien le Canada à l’étranger, mais elle était plus confortable à Shawinigan ».

M. Goldenberg a raconté que de proches collaborateurs souriaient bien en privé quand ils voyaient que Mme Chrétien réussissait à convaincre le premier ministre du bien-fondé d’une politique.

« Quand on voyait qu’il manquait de discipline ou qu’il allait dans la mauvaise direction, elle était toujours la Cour d’appel. On l’appelait et lui disait qu’on avait un petit problème », a raconté l’ancien proche collaborateur de Jean Chrétien.

Le ministre des Affaires étrangères, François-Philippe Champagne, qui représente la circonscription de Saint-Maurice-Champlain à la Chambre des communes, est proche de la famille Chrétien.

En entrevue à La Presse, dimanche, M. Champagne a affirmé que Mme Chrétien, avec qui il a pu parler en italien à maintes reprises au fil des années, était une force tranquille.

« J’ai vu Mme Chrétien il y a deux semaines. C’était une force tranquille et une femme de cœur. Elle était engagée dans sa communauté. Elle était autodidacte », a affirmé M. Champagne, qui connaissait Mme Chrétien depuis 20 ans.

« À l’époque où elle apprenait l’italien, on se parlait dans cette langue. On a toujours gardé ce lien-là. M. Chrétien l’appelait son roc de Gibraltar. Ce n’était pas pour rien ».

Dans un communiqué de presse, le premier ministre Justin Trudeau a tenu à souligner la contribution de Mme Chrétien.

« Aline est née à Shawinigan, au Québec, au sein d’une famille humble et travaillante. Elle était une mère forte et, durant plus de 60 ans, elle a été une épouse dévouée. Aline a soutenu l’un des premiers ministres du Canada dont le mandat compte parmi les plus longs de notre histoire, mais aussi à travers certains des moments les plus déterminants de notre pays. »

« Aline était également l’une des conseillères les plus influentes de M. Chrétien. Elle était réputée pour sa ténacité, sa grande intelligence et son sens de l’observation. La vie qu’elle a partagée avec Jean, y compris lorsqu’ils étaient au service des Canadiens, était fondée sur la confiance, le travail acharné et un véritable partenariat. «

« Nous devons énormément à Aline. Elle a fidèlement servi les Québécois et tous les Canadiens, défendu le multiculturalisme et le bilinguisme et contribué à nous rapprocher les uns des autres. Authentique et honnête, elle nous a appris l’importance de persévérer, même quand la situation devient difficile. »

Le premier ministre du Québec François Legault a offert ses condoléances sur son compte Twitter. « Je suis très triste d’apprendre le décès d’Aline Chrétien, l’épouse et la compagne de Jean Chrétien depuis 63 ans. J’offre mes plus sincères condoléances à Monsieur Chrétien, à leurs enfants France, Hubert, Michel, à leurs petits-enfants et à tous leurs proches ».

Bob Rae, ancien premier ministre ontarien et ex-chef intérimaire du Parti libéral, a décrit Aline Chrétien comme « une femme de grande générosité » en présentant ses condoléances sur les réseaux sociaux dimanche après-midi.

La gouverneure générale du Canada Julie Payette a également rendu hommage à Mme Chrétien. « Une femme de cœur, attentive et généreuse. Mes plus sincères condoléances à toute la famille», a-t-elle écrit sur les réseaux sociaux, accompagné d’une photo d’Aline Chrétien lors du premier décollage dans l’espace effectué par Mme Payette.

La mairesse de Montréal Valérie Plante a offert ses condoléances. «J’ai une pensée pour l’ancien Premier ministre, M. Chrétien, qui a non seulement perdu une épouse, une mère, mais aussi une coéquipière de tous les instants en Aline Chrétien.»

Le chef du Bloc québécois Yves-François Blanchet a également offert ses condoléances à Jean Chrétien, ainsi qu’à la famille et aux proches de la défunte.

- Avec Mayssa Ferah, La Presse