(Ottawa) Le chef du Bloc québécois assure que ses troupes sont prêtes à se lancer en campagne électorale. Mais il aime l’idée que le scrutin tarde à être déclenché afin de laisser à l’électorat québécois le temps de se familiariser avec les positions du nouveau leader conservateur Erin O’Toole.

Mélanie Marquis Mélanie Marquis
La Presse

En marge de la réunion de son caucus, mardi matin, Yves-François Blanchet a évoqué les scénarios électoraux qui pourraient suivre le discours du Trône du gouvernement Trudeau, lequel fera l’objet d’un vote de confiance.

Il a suggéré que le premier ministre pourrait avoir intérêt à ce que le scrutin ait lieu plutôt tôt que tard, pour éviter que l’affaire WE Charity ne continue à le hanter, supposant entre autres qu’il « ne veut pas voir avant une élection le rapport du commissaire aux conflits d’intérêts et à l’éthique ».

Justin Trudeau pourrait également être tenté de déclencher vite des élections pour couper l’herbe sous le pied de son rival conservateur encore méconnu, a supputé le chef Blanchet en conférence de presse au centre des congrès de Saint-Hyacinthe.

Quoi qu’il advienne, le Bloc « sera prêt », a-t-il promis, en admettant toutefois avoir un faible pour l’option d’un déclenchement dans plusieurs mois. « Nous, on veut ça. […] On veut que les Québécois connaissent vraiment M. O’Toole, comme ils ont appris à connaître M. Scheer… et les différences ne sont pas si importantes », a-t-il lâché.

PHOTO SEAN KILPATRICK, LA PRESSE CANADIENNE

Erin O’Toole

Il a cité comme positions qui pourraient mal passer auprès des Québécois le fait que le nouveau leader ne s’est pas engagé à instaurer une déclaration de revenus unique, qu’il est selon lui « très réticent » à l’élargissement de l’aide médicale à mourir et qu’il compte « forcer un pipeline » sur le territoire québécois.

Le Bloc québécois a fait une percée lors des élections d’octobre 2019 en triplant sa députation (32 sièges comparativement à 10 en 2015). Quant au Parti conservateur, sous l’ancien dirigeant Andrew Scheer, il a perdu des plumes au Québec en récoltant deux sièges de moins (10) qu’au scrutin fédéral précédent.

La campagne du chef conservateur saskatchewanais avait été plombée par le flou de ses positions sur les enjeux moraux comme l’avortement et le mariage entre personnes du même sexe. Le nouveau capitaine conservateur, qui représente une circonscription de l’Ontario, s’est pour sa part affiché « pro-choix ».

Les partis de l’opposition pourraient défaire le gouvernement lors du vote de confiance sur le discours du Trône, mais rien n’empêche le premier ministre d’aller cogner à la porte de la gouverneure générale du Canada, Julie Payette, pour lui demander de dissoudre le Parlement.

« Si Justin Trudeau a envie d’aller en élection, j’ai envie de dire : qu’il y vienne. Le Bloc québécois sera prêt en termes d’organisation, de financement, de communications et de candidatures », a laissé tomber Yves-François Blanchet.

Amnistie pour rembourser la PCU

À quelque deux semaines de la lecture du discours du Trône, dans lequel le gouvernement proposera un plan « ambitieux » de relance économique, le Bloc québécois a proposé une amnistie de huit mois pour ceux qui devront payer de l’impôt, des pénalités et de l’intérêt liés à la Prestation canadienne d’urgence (PCU).

Car selon Yves-François Blanchet, le fait que « la quasi-totalité des 8,7 millions » de prestataires, dont « près de 2 millions de Québécois », soient tenus de faire ces paiements lors de leur déclaration de revenus, au printemps prochain, pourrait nuire à une reprise économique post-pandémie.

« Si l’on veut que cette prestation d’aide d’urgence soutienne pleinement les gens qui y ont eu recours, il est primordial de s’assurer que les bénéficiaires disposent du temps nécessaire pour rembourser […] sans avoir à s’endetter », a souligné par voie de communiqué Gabriel Sainte-Marie, porte-parole en matière de Finances.

Cette proposition du plan de relance que concoctent les bloquistes permettrait aux contribuables de disposer d’un délai de grâce au-delà de l’échéance fiscale prévue du 30 avril prochain, et elle ne s’appliquerait qu’aux cas non frauduleux, a-t-il spécifié.