Pandémie ou pas, des dizaines de villes tiendront des élections cet automne pour pourvoir un poste vacant au sein de leur conseil municipal. Mais le mécontentement est grand dans certaines municipalités, qui déplorent l’« improvisation » du gouvernement et le manque de clarté des consignes en ces temps de crise sanitaire.

Véronique Lauzon
Véronique Lauzon La Presse

Lorsque le maire par intérim de Drummondville, Yves Grondin, a appris que toutes les municipalités dont le poste de maire est vacant ou dont le conseil ne détient plus le quorum devaient tenir des élections partielles le 4 octobre, il a sursauté.

« On ne s’attendait plus à ce qu’il y ait obligation de tenir des élections. On s’attendait à ce que les villes aient le choix d’en tenir ou non », dit celui qui est élu municipal depuis 2005.

D’après M. Grondin, le conseil municipal de Drummondville, qui est formé de 12 conseillers indépendants, aurait préféré ne pas tenir d’élection partielle, entre autres à cause des coûts liés à celle-ci et de sa complexité en temps de pandémie.

La dernière fois qu’on avait eu une élection à la mairie, ça avait coûté 387 000 $. Mais là, si l’élection a lieu, ça coûtera plus cher à cause de la pandémie, sûrement un demi-million de dollars.

Yves Grondin, maire par intérim de Drummondville

À la Ville de L’Ancienne-Lorette également, des élus auraient préféré ne pas tenir d’élection partielle pour le poste vacant de maire. « À cause des coûts supplémentaires en temps de pandémie, des consignes qu’il faudra suivre et du court délai que nous avons pour tenir l’élection, explique la directrice des communications de la Ville, Caroline Fortin Dupuis. Il faut dire aussi qu’un bon climat règne à la Ville, donc on aurait pu attendre dans un an pour les élections générales », ajoute-t-elle.

Pas de consignes « claires »

« C’est beaucoup plus difficile d’organiser des élections avec la pandémie, avance le maire par intérim de Drummondville. On a besoin de plus de 300 travailleurs et on pense que ça va être difficile d’en trouver, puisque, normalement, la majorité sont des personnes âgées. Il y a aussi un nombre maximal de personnes par salle, avec la règle du deux mètres de distance, alors que nous avons 60 000 citoyens appelés aux urnes. »

D’après lui, les consignes du gouvernement du Québec pour la tenue des élections partielles ne sont pas « claires ». « Ça cause des problèmes d’organisation. » Yves Grondin se demande également si les gens iront voter, alors que normalement le taux de participation à Drummondville tourne autour de 40 %.

Et s’il y a une deuxième vague, le gouvernement va-t-il encore reporter les élections ? Toute cette incertitude fait en sorte qu’on trouvait ça normal que la Ville puisse décider si elle faisait ou pas des élections partielles.

Yves Grondin, maire par intérim de Drummondville

Yves Grondin croit que cette décision « précipitée » de la ministre des Affaires municipales et de l’Habitation, Andrée Laforest, a également découragé des candidats qui auraient été susceptibles de se présenter. Résultat ? Une seule personne a soumis jusqu’à présent sa candidature pour pourvoir le poste de maire. Si aucun autre concurrent ne se manifeste avant la fin de la journée vendredi, ce candidat sera élu par acclamation.

Le ministère des Affaires municipales et de l’Habitation n’a pas répondu à nos demandes d’entrevue. Il a donc été impossible de savoir combien de municipalités tiendront un scrutin le mois prochain, une information que n’avait pas Élections Québec, jeudi.

Lors de l’étude des crédits budgétaires, le 19 août dernier, la ministre Laforest avait tout de même affirmé qu’« il n’y [avait] pas ou presque pas de municipalités en désaccord » avec la tenue obligatoire des élections partielles pour certaines municipalités.

« Je l’entends, la grogne »

Marie-Claude Nichols, porte-parole de l’opposition officielle aux affaires municipales, est en parfait désaccord. « Je l’entends, la grogne, sur le terrain. »

La députée de Vaudreuil et ancienne mairesse est bien d’accord avec le fait que les conseils qui n’ont pas le quorum doivent tenir un scrutin pour le « bien de la démocratie ».

Sauf que pour les postes de maire, elle s’oppose à la décision de la ministre.

« Si une municipalité dit qu’elle n’a pas besoin d’élection partielle, il faudrait l’écouter. Je trouve ça illogique de les forcer à organiser des élections si rapidement. Imaginez comment ça va être difficile d’organiser ça avec la COVID-19 ! », lance la députée du Parti libéral du Québec.

D’après elle, des candidats susceptibles de se présenter ont été pris de court par la levée de la suspension des élections partielles et ils ne voient pas comment, en si peu de temps, ils pourraient mener une campagne électorale. Et par ailleurs, les candidats ont-ils droit de faire du porte-à-porte ? Des rassemblements ?

« Les élections ont été précipitées, des citoyens vont être privés d’un bon maire à cause de la situation et le taux de participation pourrait être très bas », énumère Mme Nichols.