(Ottawa) Le Parti libéral du Canada (PLC) cessera de recourir au programme de subventions salariales mis sur pied par le gouvernement Trudeau afin de soutenir les entreprises et les organismes sans but lucratif affectés par la crise de la COVID-19.

Mélanie Marquis Mélanie Marquis
La Presse

Joël-Denis Bellavance Joël-Denis Bellavance
La Presse

Cette décision est survenue 24 heures après que La Presse a rapporté que le nouveau chef du Parti conservateur, Erin O’Toole, a formellement demandé aux apparatchiks de son parti de ne plus recourir à ce programme dès le premier jour de son entrée en fonction, comme il s’y était engagé à le faire durant la course au leadership.

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Le nouveau chef du Parti conservateur, Erin O’Toole

Dans un courriel envoyé à La Presse, le directeur principal des communications du PLC, Braeden Caley, a confirmé que le parti ne va pas soumettre une nouvelle demande pour obtenir un soutien financier en vertu de ce programme après le mois d’août.

La raison ? « Les revenus tirés des activités de financement du parti se stabilisent alors que notre économie et nos communautés se remettent progressivement sur pied », a-t-il expliqué.

Il a ajouté que le PLC avait suspendu toutes ses activités de financement en personne au début mars afin de respecter les directives des responsables de la santé publique, et cela continue d’être le cas. Seules les nouvelles activités de financement en ligne, par courriel et par téléphone ont toujours lieu.

« Tout comme pour d’autres partis, le soutien d’urgence que le PLC a reçu depuis l’éclosion de la COVID-19 a permis à plus de 80 employés de partout au Canada de demeurer en poste pendant cette période sans précédent. À l’heure actuelle, le parti n’a pas été obligé de mettre à pied des employés en raison des répercussions de la COVID-19, ce qui a permis à des membres de l’équipe comme les traducteurs, les professionnels des TI et les organisateurs terrain locaux d’être en mesure de continuer à appuyer le travail indispensable de mobilisation démocratique et leur propre famille en ces moments difficiles », a indiqué M. Caley dans son courriel.

Parmi les partis politiques à la Chambre des communes, seul le Bloc québécois a écarté l’idée de recourir à ce programme pour compenser les pertes financières découlant de l’absence d’activités de financement en personne. Les autres partis — le Parti libéral, le Parti conservateur, le NPD et le Parti vert — ont soumis des demandes.

Durant les quatre premiers mois du programme, soit entre mars et juillet, le PLC a pu regarnir ses coffres de 850 000 $ tandis que le Parti conservateur a touché environ 716 000 $ et le NPD a environ 265 000 $.

Pas assez satisfaisant pour le Bloc

Le chef du Bloc québécois, Yves-François Blanchet, a mené une rude bataille aux Communes pour forcer les libéraux de Justin Trudeau et les autres partis à renoncer à l’idée de « mettre les mains dans le plat de bonbons » de la sorte.

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Le chef du Bloc québécois, Yves-François Blanchet

Il voit en ce nouveau développement la preuve que le PLC reconnaît qu’il a erré en se prévalant de l’aide gouvernementale. Et il estime que pour cette raison, les libéraux n’auront d’autre option que de faire un pas supplémentaire en remboursant les sommes déjà perçues.

« Je suis convaincu qu’ils vont le faire. Convaincu. En disant qu’ils renoncent à la suite de la subvention salariale, ils admettent, ils avouent, qu’ils n’avaient pas à toucher à cet argent-là », a-t-il argué en entrevue avec La Presse, jeudi.

Le chef bloquiste y voit aussi un incitatif à ce que le NPD et le Parti vert du Canada emboîtent le pas. Cela n’est pas dans les cartons du camp néo-démocrate.

« Nous allons continuer de recevoir la subvention pour aider notre personnel et leurs familles, éviter les licenciements et pour nous concentrer sur les priorités importantes pour soutenir la population canadienne durant cette pandémie », a tranché dans une déclaration écrite Anne McGrath, directrice nationale du NPD.

Même son de cloche chez les verts. « Si le Parti vert est toujours [admissible] pour recevoir la Subvention salariale d’urgence du Canada (SSUC), il continuera à en faire la demande », a affirmé la porte-parole Rosie Emery, précisant que la formation « évaluera la situation sur une base mensuelle ».

La promesse d’Erin O’Toole

Durant la course au leadership, Erin O’Toole s’est aussi engagé à rembourser toute somme que son parti a récoltée sur une période de temps.

« Comme M. O’Toole l’avait promis lors de la course à la direction du parti, il a demandé dès le premier jour au Parti conservateur du Canada de ne plus accepter la subvention salariale. Le parti est prêt à commencer à rembourser l’argent qu’il a reçu aux côtés des autres partis », a indiqué Josée Morissette, porte-parole du nouveau chef, dans un courriel à La Presse lundi.

« Erin O’Toole estime que la subvention salariale a été conçue pour aider les entreprises à survivre et non pour subventionner les partis politiques. Il estime que tous les partis devraient rembourser la subvention salariale », a-t-elle affirmé.

En vertu du programme, la subvention salariale couvre 75 % du salaire des employés, jusqu’à concurrence de 847 $ par semaine. Au départ, une entreprise devait avoir encaissé une chute d’au moins 30 % pour y avoir droit. Ce critère a été modifié cet été afin de permettre à toute entreprise qui a vu ses revenus chuter à cause de la pandémie obtenir un soutien financier.