(Québec) La population ne fait plus confiance en la ministre responsable des Aînés, Marguerite Blais, a dit l’opposition officielle vendredi, sans aller jusqu’à demander clairement sa démission.

Patrice Bergeron
La Presse canadienne

« Est-ce que je suis en cour ? » a demandé Mme Blais, malmenée par les oppositions en commission parlementaire. La ministre ne maîtrise pas ses dossiers, a dénoncé le Parti libéral (PLQ), qui lui reproche le bilan désastreux de la lutte au coronavirus dans les Centres d’hébergement et de soins de longue durée (CHSLD) le printemps dernier, mais aussi l’explosion des coûts pour les projets de Maisons des aînés, une des promesses phares de la CAQ.

La députée libérale Monique Sauvé a d’ailleurs donné des cas éloquents.

Prix des terrains

Par exemple, à Trois-Rivières, le terrain d’un ancien Canadian Tire a été payé 2,8 millions. À Saint-Amable, en Montérégie, deux terrains dont l’évaluation municipale était de 781 000 $ ont été achetés pour 1,3 million. Un autre, à Coaticook, évalué à 299 000 $, a été payé 570 000 $. À Saint-Martin, en Beauce, un terrain évalué à 66 000 $ a été acquis pour 160 000 $. À Carignan, également en Montérégie, une promesse d’achat a été faite pour un terrain évalué à 560 000 $ sans prévoir le montant qui sera déboursé.

Mme Blais n’a pas été en mesure de valider ces données, c’est un sous-ministre qui a apporté des précisions.

« Il y a deux montants qu’on analyse quand on fait l’acquisition d’un terrain », a nuancé le sous-ministre adjoint aux infrastructures, Luc Desbiens. « Il y a l’évaluation municipale et la valeur marchande. Comme pour la majorité des maisons, vous le savez, la valeur municipale est souvent très différente que la valeur de la maison », a-t-il poursuivi.

Il explique que la valeur marchande d’un terrain est évaluée par un évaluateur agréé.

« À Saint-Amable, le terrain a été payé en fonction de l’évaluation de la valeur marchande : 1,3 million », a-t-il précisé. Le sous-ministre a notamment précisé que dans le cas du terrain d’un ancien Canadien Tire, la valeur municipale était de 5 millions et que l’évaluation de la valeur marchande était de 4,4 millions.

Finalement, le coût d’acquisition à 2,8 millions est bien en deçà de l’évaluation municipale.

La ministre Marguerite Blais s’est engagée à ce que son sous-ministre fournisse les réponses aux questions concernant le coût d’acquisition des terrains cités par la députée libérale, le temps de l’étude des crédit s’étant écoulé avant que son bureau soit capable de fournir toutes les informations.

Des régions favorisées

Qui plus est, les Maisons des aînés ne sont pas nécessairement prévues pour être construites dans les régions où les listes d’attente sont les plus longues pour une place dans des établissements publics, a dénoncé Mme Sauvé, même si Mme Blais a évoqué une « évaluation populationnelle ».

Ainsi, des Maisons des aînés seront construites dans les Laurentides plutôt qu’à Montréal, où pourtant la liste d’attente pour une place est plus longue. À Laval, il y aura deux Maisons des aînés, pour 346 personnes en attente, mais trois sont prévues au Saguenay–Lac-Saint-Jean, pour une trentaine de personnes en attente.

« J’entends que la population n’a plus très confiance en la ministre et elle a un grand travail à faire pour rétablir cette confiance », a déclaré Mme Sauvé en conférence de presse.

« Moi, je représente les citoyens et quand je les entends dire qu’ils n’ont plus confiance en elle, j’ai pas mal le goût de les suivre. »

Bilan des CHSLD

Pas moins de 91,6 % des personnes mortes en raison de la COVID-19 au Québec étaient des aînés, et parmi ces morts, quatre sur cinq étaient dans un CHSLD, a rappelé l’élue libérale, en évoquant la responsabilité de Mme Blais. Le leader parlementaire de Québec solidaire, Gabriel Nadeau-Dubois, a pour sa part rappelé qu’elle a aussi été ministre des Aînés sous le précédent gouvernement libéral à compter de 2007.

« On ne peut pas m’imputer une histoire qui ne m’appartient pas, a riposté Mme Blais. L’histoire des CHSLD n’était pas mon histoire, elle est maintenant la mienne et j’assume ma part de responsabilité. »

M. Nadeau-Dubois l’a talonnée : reconnaît-elle qu’elle a joué un rôle quand elle était députée et ministre libérale autrefois ? Regrette-t-elle d’avoir voté en faveur du budget du gouvernement Couillard, qui comportait des compressions importantes en santé publique en 2015 ?

« Oui, aujourd’hui, je le regrette », a-t-elle finalement lâché.

La ministre n’est tout de même pas arrivée les mains vides devant ses adversaires. Elle a dit qu’elle allait lancer un programme de lutte contre l’âgisme l’automne prochain. Elle a également affirmé que la révision du crédit d’impôt pour le soutien à domicile est en cours.

– Avec La Presse