Critiqué pour une troisième fois en trois mois par François Legault, le journaliste spécialisé en santé de Montreal Gazette, Aaron Derfel, s’est dit jeudi en « désaccord respectueux » avec le premier ministre, assurant qu’il n’essaie en rien de discréditer son gouvernement de manière systématique.

Henri Ouellette-Vézina
Henri Ouellette-Vézina La Presse

« Mes reportages sont basés sur les faits, y compris le fait que 5730 Québécoises et Québécois sont morts dans cette pandémie », a expliqué le principal intéressé en début de soirée, sur Twitter.

Plus tôt, jeudi, le chef de la CAQ avait accusé M. Derfel de partialité, disant avoir recensé « au moins 10 articles différents » où le journaliste l’accuse d’avoir menti. « Je vous invite à aller voir les tweets de M. Derfel des six derniers mois, a dit M. Legault. Même les gens de l’opposition vont trouver que ça penche pas mal toujours du côté que tout ce que fait le gouvernement n’est pas bon. »

Or, le porte-parole de l’opposition officielle sur les relations avec les citoyens d’expression anglaise, Gregory Kelley, l’a ensuite contredit. « Inacceptable », a-t-il dit à propos des commentaires de M. Legault, ajoutant qu’il ne faudrait pas importer au Québec les relations tendues entre Donald Trump et les médias.

Le député solidaire Gabriel Nadeau-Dubois abonde dans le même sens. « C’est un manque de leadership, un manque d’envergure flagrant. Je ne comprends pas l’acharnement du premier ministre contre un journaliste qui ne fait que faire son travail en posant des questions difficiles aux gouvernants », lâche-t-il.

Le premier ministre, qui avait un moment bloqué M. Derfel en juin, a aussi affirmé que les anglophones écoutaient davantage CNN et d’autres médias américains très critiques envers l’administration Trump. Cela pourrait expliquer, selon lui, l’inquiétude plus grande des anglophones québécois relativement à la pandémie.

« Je continuerai à faire mon travail »

Aaron Derfel, lui, rétorque que la « dernière chose » qui le préoccupe lors de la rédaction d’un article « est de savoir comment le premier ministre réagira à mes reportages ». « Je n’ai rien de personnel contre M. Legault ou la CAQ », assure-t-il également.

Je continuerai à faire mon travail de journaliste, posant des questions difficiles dans cette pandémie. […] La population ne mérite rien de moins.

Aaron Derfel, journaliste de Montreal Gazette

Le journaliste affirme certes avoir adopté une « approche systématique », mais plutôt pour traiter quotidiennement de la situation de Montréal, épicentre de la pandémie au pays. « Je l’ai fait par sens du devoir envers ma communauté », dit-il.

M. Derfel rappelle aussi qu’en 2015, il avait écrit de « nombreux articles » sur la réforme Barrette. « Je sais que certains membres du Parti libéral n’étaient pas satisfaits », illustre-t-il, soulignant que le député François Paradis, qui était alors dans l’opposition caquiste, se montrait quant à lui « particulièrement intéressé ».