(Ottawa) Le ministre des Affaires étrangères du Canada, François-Philippe Champagne, salue la décision historique d’Israël et des Émirats arabes unis de normaliser leurs relations diplomatiques, affirmant qu’un tel accord permettra d’apporter davantage de stabilité à une région qui en a tant besoin.

Joël-Denis Bellavance
Joël-Denis Bellavance La Presse

Au passage, le chef de la diplomatie canadienne a tenu à rappeler la position du Canada en faveur de deux États dans un autre conflit, le conflit israélo-palestinien, afin de rassurer les Palestiniens, qui crient à la « trahison » à la suite de l’annonce de jeudi.

Dans les heures qui ont suivi l’annonce de cet accord, le ministre Champagne s’est d’ailleurs entretenu pendant une trentaine de minutes avec chacun de ses homologues d’Israël et des Émirats arabes unis afin de leur signifier l’appui du gouvernement canadien et de les informer que le Canada était tout à fait disposé à jouer tout rôle qu’ils jugeraient opportun pour soutenir et formaliser la démarche qu’ils entreprennent.

« C’est un accord historique. C’est positif pour la paix et certainement pour la stabilité et la sécurité régionales. Évidemment, nous préconisons toujours une solution à deux États, certainement. Cette position du gouvernement du Canada est bien connue. Mais toute étape qui amène plus de sécurité et de stabilité dans cette région est très importante. Il faut aussi saluer la décision du gouvernement israélien de suspendre l’annexion de certaines parties de la Cisjordanie », a indiqué le ministre Champagne à La Presse.

Israël, « un allié de toujours »

Le chef de la diplomatie canadienne a rappelé qu’Israël « [était] un allié de toujours du Canada », soulignant que les deux pays ont conclu il y a quelques années un traité de libre-échange.

« Nous avons aussi de très bonnes relations avec les Émirats arabes unis. Alors, les ministres des Affaires étrangères des deux pays m’ont demandé de voir dans quelle mesure le Canada pourrait jouer un rôle pour faciliter [ce rapprochement] », a dit M. Champagne.

À titre d’exemple, il a évoqué que l’accord de libre-échange que le Canada a signé avec l’État hébreu pourrait servir de modèle pour établir des relations commerciales durables entre Israël et les Émirats arabes unis.

Rare bonne nouvelle

La normalisation des relations entre les deux pays constitue d’ailleurs une rare bonne nouvelle sur la scène internationale, a souligné le ministre des Affaires étrangères, rappelant les explosions survenues au Liban et la crise économique mondiale provoquée par la pandémie de COVID-19, entre autres.

Sous l’impulsion des États-Unis, les Émirats arabes unis et Israël ont convenu jeudi de normaliser leurs relations. La signature de cet accord ferait des Émirats le troisième pays arabe seulement à entretenir des liens diplomatiques avec Israël, qui depuis sa fondation, en 1948, a eu des relations pour le moins tumultueuses avec le monde musulman et arabe. Seules l’Égypte (1979) et la Jordanie (1994) ont jusqu’ici conclu des traités de paix avec Israël.

Si de nombreux pays ont salué cet accord, pour beaucoup d’observateurs, ce réchauffement diplomatique se fait au détriment de la Palestine. Jeudi soir, le président de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, a d’ailleurs qualifié l’accord de « trahison », en appelant à une « réunion d’urgence » de la Ligue arabe. Le rappel de l’ambassadeur de Palestine à Abou Dhabi a aussi été ordonné.

— Avec la collaboration d’Henri Ouellette-Vézina, La Presse