(Ottawa) Alors que le Bloc québécois brandit la menace de déposer une motion de censure pour renverser le gouvernement minoritaire de Justin Trudeau à la Chambre des communes en octobre, Élections Canada accélère ses préparatifs au cas où un scrutin fédéral devenait inéluctable à l’automne.

Joël-Denis Bellavance Joël-Denis Bellavance
La Presse

Au départ, Élections Canada avait indiqué dans un rapport au Parlement qu’il prévoyait avril 2021 comme échéancier pour s’acquitter des multiples préparatifs liés à la tenue d’élections générales au pays. La durée de vie moyenne d’un gouvernement minoritaire au pays est d’environ 18 mois. Les plus récentes élections ont eu lieu en octobre 2019.

Mais le contexte politique a beaucoup évolué depuis le dépôt de ce rapport, en février dernier, notamment au cours des dernières semaines. Résultat : Élections Canada a mis sur pied un groupe de travail interne qui se penche sur les diverses mesures qui devraient être mises en œuvre afin de permettre la tenue d’un scrutin en période de pandémie. Ce groupe de travail a été créé à la fin de mai. Mais il doit maintenant accélérer la cadence.

Entre autres choses, le groupe de travail doit examiner les procédures et les mesures de distanciation physique qui pourraient être requises dans les bureaux de scrutin et aux bureaux d’Élections Canada ainsi que la possibilité d’augmenter le service de vote par la poste – une option qui a été retenue par divers États américains en prévision des élections du 3 novembre.

Mais le vote uniquement par la poste ne serait pas possible, à moins que le gouvernement fédéral n’adopte des modifications importantes la Loi électorale du Canada. En effet, la loi actuelle stipule clairement qu’Élections Canada doit administrer des bureaux d’Élections Canada, aménager des bureaux de vote par anticipation et des bureaux de scrutin ordinaires (où les électeurs peuvent voter en personne), tout en organisant le système de vote par la poste.

Il apparaît toutefois clair, aux yeux d’Élections Canada, que la tenue d’une élection dans le contexte actuel « nécessitera un ensemble de modifications aux services électoraux, y compris l’augmentation du nombre d’électeurs qui voteront par la poste, parmi d’autres mesures ».

Parallèlement, le groupe de travail est en train de revoir les exigences en ce qui a trait aux bureaux de scrutin afin de déterminer quels locaux pourraient ne plus être adéquats pour accueillir les électeurs en raison de la COVID-19. Des solutions de rechange devront être dénichées le cas échéant.

Enfin, le groupe de travail évaluera les « possibles modifications législatives, administratives et opérationnelles à apporter » afin d’organiser un scrutin national accessible et sécuritaire pour tous, a-t-on fait savoir.

Pour l’heure, on écarte toujours la possibilité de permettre le vote par l’internet – une option qui a déjà été rejetée dans le passé par Élections Canada pour des raisons de sécurité. « La mise en œuvre d’un tel changement nécessiterait une planification et des tests importants afin de garantir la confidentialité, le secret, la fiabilité et l’intégrité du vote. Compte tenu des limites opérationnelles et de temps, on ne peut pas explorer cette option adéquatement pour le moment », a-t-on indiqué.

Blanchet lance un ultimatum à Trudeau

Mercredi, le chef du Bloc québécois, Yves-François Blanchet, a lancé un ultimatum à Justin Trudeau : le premier ministre et son ministre des Finances, Bill Morneau, doivent quitter leurs fonctions, à défaut de quoi le Bloc déposera une motion de censure à la Chambre des communes en octobre pour forcer la tenue d’élections générales.

PHOTO BLAIR GABLE, REUTERS

Yves-François Blanchet, chef du Bloc québécois

M. Blanchet a notamment affirmé que le gouvernement libéral était empêtré dans le scandale WE Charity (mouvement UNIS, en français) depuis deux mois et qu’il n’était donc plus digne de la confiance de la Chambre des communes.

Malgré la pandémie de COVID-19, le chef bloquiste a affirmé que la tenue d’élections générales était le remède qui s’imposait pour corriger les maux d’ordre éthique qui affligent le gouvernement libéral si MM. Trudeau et Morneau refusent de se retirer.

Mais pour renverser le gouvernement minoritaire libéral, le Bloc québécois aura besoin de l’appui du Parti conservateur et du Nouveau Parti démocratique. Le Parti conservateur semble disposé à convoquer les électeurs aux urnes, mais on soutient que cette décision appartiendra au nouveau chef qui sera choisi la semaine prochaine. Le NPD s’est montré peu enclin à provoquer des élections anticipées à l’automne.

Aux Communes, le Parti libéral détient 156 sièges, le Parti conservateur, 121 sièges, le Bloc québécois, 32 sièges, et le NPD, 24 sièges. Le Parti vert détient trois sièges tandis que l’on compte aussi deux députés indépendants.

PHOTO ADRIAN WYLD, ARCHIVES LA PRESSE CANDIENNE

Justin Trudeau, premier ministre du Canada

Outre le départ de Justin Trudeau et du ministre des Finances, M. Blanchet réclame aussi maintenant que la chef de cabinet du premier ministre, Katie Telford, tire sa révérence dans la foulée des révélations selon lesquelles la Société canadienne d’hypothèques et de logement (SCHL) a versé jusqu’à 84 millions à l’entreprise MCAP, dont le vice-président est Robert Silver, le conjoint de Mme Telford.

Dans une déclaration à La Presse, Élections Canada a rappelé qu’un scrutin pourrait avoir lieu à tout moment puisque le gouvernement est minoritaire aux Communes.

« Élections Canada évalue actuellement plusieurs scénarios afin de déterminer comment adapter ses opérations pendant ou après une pandémie, tout en assurant un environnement accessible, sûr et sain pour les électeurs et les travailleurs, particulièrement les Canadiens plus âgés. »

Si des élections devaient avoir lieu avant avril 2021, Élections Canada compte mettre en œuvre les mesures d’atténuation qui sont en cours d’élaboration par le groupe de travail.