(Ottawa) Alors qu’il doit passer le flambeau à un nouveau leader la semaine prochaine, le chef intérimaire du Parti conservateur, Andrew Scheer, affirme que son successeur héritera d’une formation politique unie et bien huilée qui sera en mesure de remplacer les libéraux aux prochaines élections fédérales.

Joël-Denis Bellavance Joël-Denis Bellavance
La Presse

Ému alors qu’il posait mercredi ses dernières questions en tant que chef de l’opposition officielle aux ministres du gouvernement Trudeau à la Chambre des communes, qui tenait une session extraordinaire en raison de la pandémie de COVID-19, M. Scheer a tenu à rappeler que le Parti conservateur sous sa houlette avait mis la main sur une vingtaine de sièges de plus au dernier scrutin et qu’il avait remporté le vote populaire, réduisant les libéraux au statut de gouvernement minoritaire.

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Andrew Scheer était ému mercredi alors qu’il a posé ses dernières questions en tant que chef de l’opposition officielle aux ministres du gouvernement Trudeau, à la Chambre des communes.

« Quand je suis devenu chef [en mai 2017], nous avions 99 sièges aux Communes. Nous en avons maintenant 121. En 2015, nous avions obtenu 30 % des votes. Aux dernières élections, nous avons gagné 34 % des votes et gagné le vote populaire. Pour moi, c’est un processus en deux étapes. J’ai fait la première étape. Nous sommes dans une très bonne position et je suis sûr que le prochain chef va terminer le travail pour remplacer le gouvernement libéral », a-t-il affirmé dans une entrevue accordée à La Presse.

Candidats en lice

En tout, quatre candidats sont en lice pour succéder à M. Scheer : les anciens ministres Peter MacKay et Erin O’Toole, le député de l’Ontario Derek Sloan et l’avocate de Toronto Leslyn Lewis. Le successeur de M. Scheer doit être annoncé la semaine prochaine, puisque les membres du parti ont jusqu’au vendredi 21 août pour soumettre leur bulletin de vote. MM. MacKay et O’Toole sont considérés comme les meneurs de la course.

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Erin O’Toole, Peter MacKay, Derek Sloan et Leslyn Lewis avant un débat conservateur, le 17 juin dernier

« Je suis toujours optimiste. Il y a beaucoup de gens qui disent que j’ai un sourire permanent au visage. C’est sûr qu’on va avoir des défis durant la campagne. Il n’y a aucune victoire électorale qui est garantie. Mais nous sommes en très bonne position », a-t-il soutenu.

Le prochain chef va pouvoir commencer son mandat sur des fondations plus fortes que celles que j’ai eues en 2017.

Andrew Scheer, chef intérimaire du Parti conservateur

Durant son règne, M. Scheer a notamment dû veiller à maintenir l’unité de ses troupes à la suite de la décision de son ex-rival de la dernière course au leadership, Maxime Bernier, de claquer la porte du Parti conservateur afin de fonder son propre parti, le Parti populaire du Canada.

« J’ai pu conserver l’unité du parti malgré tout, et c’est un signe de la bonne santé de notre mouvement », a-t-il dit.

Du pain sur la planche

M. Scheer a dit être prêt à rencontrer son successeur à la première occasion pour l’aider à bien chausser les souliers d’un chef de parti qui deviendra du coup le prochain chef de l’opposition officielle.

« J’ai indiqué à chaque candidat que je suis prêt à rencontrer le prochain chef pour l’aider et lui donner des conseils au besoin sur le parti et la structure de l’opposition », a dit M. Scheer, qui a également été président de la Chambre des communes pendant quatre ans, soit de 2011 à 2015.

Selon lui, le prochain chef conservateur aura du pain sur la planche et des décisions importantes à prendre, notamment en ce qui a trait à la survie du gouvernement minoritaire libéral, car le Bloc québécois compte déposer une motion de censure dès octobre s’il n’obtient pas les départs de Justin Trudeau, de la chef de cabinet du premier ministre Katie Telford et du ministre des Finances Bill Morneau, en raison notamment du scandale WE Charity (mouvement UNIS, en français) qui éclabousse les libéraux depuis deux mois.

Déficits dénoncés

En entrevue, M. Scheer a tenu à dénoncer à nouveau la gestion des finances publiques par le gouvernement Trudeau depuis son arrivée au pouvoir en 2015.

« C’est un enjeu très, très important. Nous sommes arrivés dans la crise de la COVID-19 dans une position de faiblesse à cause des gros déficits que Justin Trudeau avait accumulés avant le coronavirus. Nous avons donc moins de marge de manœuvre à cause des choix de Justin Trudeau », a-t-il dit.

En juillet, le ministre des Finances Bill Morneau a dévoilé qu’Ottawa devrait enregistrer un déficit record de 343 milliards de dollars pour l’exercice financier en cours qui prendra fin le 31 mars 2021.

Cet enjeu [les finances publiques] sera très important non seulement au cours des prochains mois, mais aussi au cours des prochaines élections, non seulement au Canada, mais partout à travers la planète.

Andrew Scheer

« Quelle recette va mieux servir les gens ? La recette de la gauche, qui veut une plus grande intervention dans l’économie, des grands déficits et des impôts élevés ? Ou celle des conservateurs, qui veulent un marché libre, la liberté individuelle, les entrepreneurs et le secteur privé ? Notre recette a toujours été celle qui a garanti la prospérité chaque fois qu’elle a été essayée », a-t-il avancé.

M. Scheer a indiqué qu’il comptait briguer à nouveau les suffrages au prochain scrutin. Le chef conservateur par intérim s’est félicité d’avoir multiplié les efforts pour s’assurer que le Parlement siège le plus souvent possible durant la pandémie afin d’exiger des comptes au gouvernement Trudeau sur la gestion de cette crise. Il a réitéré que le Parlement était un service essentiel, a fortiori en période de crise.

« En tant qu’ancien président de la Chambre des communes, j’aime nos institutions, j’aime notre Parlement et notre système. Ce n’est pas toujours parfait, mais c’est mieux que dans la grande majorité des autres pays. Le Parlement a servi nos citoyens et notre pays pendant 150 ans, malgré les menaces. Le Parlement est un service essentiel », a-t-il plaidé.