(OTTAWA) Le Parti conservateur réclame une réunion d’urgence du comité des langues officielles de la Chambre des communes pour qu’il fasse la lumière sur la décision du gouvernement Trudeau d’accorder un contrat sans appel d’offres à l’organisme de bienfaisance WE Charity (UNIS en français) pour gérer le programme de bourses pour le bénévolat, alors que cet organisme était incapable de servir adéquatement la population francophone du pays.

Joël-Denis Bellavance Joël-Denis Bellavance
La Presse

Les élus conservateurs estiment que le gouvernement Trudeau a fait fi des droits linguistiques des francophones en accordant la gestion du programme de bourses, qui était doté d’une enveloppe de 900 millions de dollars, à un organisme n’ayant pas d’antennes au Québec ni au sein des communautés francophones dans le reste du pays.

La tenue de cette réunion d’urgence pourrait avoir lieu dès mardi prochain, selon nos informations. Les élus conservateurs ont l’intention de déposer une motion pour que le comité se penche sur cette affaire. À l’instar des autres comités, les partis de l’opposition détiennent la majorité des sièges au comité des langues officielles, le gouvernement Trudeau étant minoritaire aux Communes. Le Parti conservateur, le Bloc québécois et le NPD ont déjà uni leurs forces pour lancer des enquêtes sur divers aspects de l’affaire WE Charity au comité des finances et au comité de l’accès à l’information, de la protection des renseignements personnels et de l’éthique.

National au Québec

La Presse a révélé cette semaine que WE Charity avait chargé la firme de relations publiques National de mettre en œuvre le fameux programme de bourses canadiennes de bénévolat étudiant au Québec, ainsi que dans les communautés francophones canadiennes, avant que la tempête politique provoquée par les liens étroits entre les libéraux fédéraux et l’organisme en question ne fasse avorter l’initiative.

WE Charity étant un organisme essentiellement unilingue anglophone, ses dirigeants avaient confié ce mandat à National le 29 mai – une semaine seulement après que le cabinet fédéral eut décidé de lui accorder le contrat sans appel d’offres.

Près d’un mois plus tard, soit le 25 juin, le premier ministre Justin Trudeau a annoncé que son gouvernement confiait la gestion du programme à WE Charity. Mais l’organisme de bienfaisance a décidé d’abandonner le projet le 3 juillet dans la foulée des révélations selon lesquelles des membres de la famille du premier ministre avaient touché près de 350 000 $ en cachets de la part de WE Charity pour des discours prononcés lors d’événements organisés par l’organisme. Au même moment, il a aussi été révélé que la fille du ministre des Finances Bill Morneau travaillait pour l’organisme.

Dans une lettre qu’ils ont fait parvenir au président du comité des langues officielles, le député libéral Emmanuel Dubourg, vendredi, les députés conservateurs demandent que la ministre du Développement économique et des Langues officielles, Mélanie Joly, soit invitée à comparaître pendant au moins deux heures pour expliquer cette décision du gouvernement libéral « d’outrepasser les droits linguistiques des francophones au Canada ».

PHOTO BLAIR GABLE, ARCHIVES REUTERS

Les conservateurs souhaitent que la ministre du Développement économique et des Langues officielles, Mélanie Joly, soit invitée à comparaître devant le comité des langues officielles de la Chambre des communes.

Les députés conservateurs – Chris d’Entremont, Joël Godin, Bernard Généreux et Michael Chong – veulent aussi convoquer les représentants de la firme de relations publiques National et de l’organisme WE Charity ainsi que le commissaire aux langues officielles, Raymond Théberge, afin de les entendre, entre autres témoins. La Presse a obtenu une copie de leur missive.

« Profonde inquiétude »

« Bien que le commissaire à l’éthique ait ouvert une enquête sur l’octroi d’un contrat de près d’un milliard de dollars, par le gouvernement, à une organisation ayant des liens étroits avec la famille du premier ministre et que nous ayons confiance en la capacité du commissaire à l’éthique de faire son travail, cette récente révélation a fait naître une profonde inquiétude quant à la façon dont le gouvernement fonctionne et l’aspect du respect de la Loi sur les langues officielles au sein de l’appareil gouvernemental fédéral », affirment les députés dans leur lettre.

Depuis le début de ce scandale politique, le premier ministre Justin Trudeau, certains de ses ministres et des fonctionnaires du ministère des Finances ont soutenu que WE Charity était la seule organisation nationale ayant les effectifs et la compétence pour mener à bien un programme de bourses pour le bénévolat. Mais les révélations de La Presse de cette semaine démontrent que cela n’était pas le cas, selon le Parti conservateur, le Bloc québécois et le NPD.

Quand le premier ministre nous dit que c’était le seul organisme apte à faire le travail, bien ce n’était pas le cas. Il ne pouvait même pas servir les francophones. Il fallait qu’il passe par une firme de relations publiques.

Alain Rayes, lieutenant politique du Parti conservateur au Québec.

« C’est une autre démonstration claire que ce qu’a dit le premier ministre est faux », a ajouté M. Rayes.

« Les libéraux nous ont menti une fois de plus. Ils se sont appuyés sur l’argument que WE était le seul organisme qui a un réseau partout au Canada et qui est en mesure d’administrer le programme. C’est faux ! On nous a aussi dit que les fonctionnaires n’étaient pas en mesure de gérer le programme. C’est aussi faux », a renchéri le député du Bloc québécois Rhéal Fortin.

« WE n’a aucune présence au Québec, aucune capacité de communiquer en français avec les Québécois et les francophones hors Québec. C’est carrément insultant. Et on peut se demander où était Pablo Rodriguez, comme lieutenant politique, quand cette décision a été prise à la table du cabinet », a commenté le député néo-démocrate Alexandre Boulerice.