(Ottawa) Au lendemain du témoignage explosif du ministre des Finances en comité parlementaire, le Parti conservateur demande officiellement sa démission.

Mélanie Marquis Mélanie Marquis
La Presse

Le député conservateur Pierre Poilievre s’est insurgé des révélations faites par Bill Morneau mercredi, et il a clairement signalé qu’il ne croyait pas que ce dernier puisse avoir oublié les frais liés à deux voyages familiaux de 41 000 $ qui avaient été épongés par le Mouvement UNIS (WE Charity).

Il lui apparaît inacceptable que le grand argentier demeure en poste en raison des accrocs éthiques que l’élu lui a reprochés en conférence de presse à Ottawa. Et si le ministre Morneau refuse de partir de son propre chef, Justin Trudeau doit lui montrer la porte, a insisté le député Poilievre.

Le premier ministre a accordé son vote de confiance à Bill Morneau mercredi : celui-ci « a été franc et direct avec le comité et transparent avec les Canadiens », et « il continue de faire ce travail sur lequel les Canadiens comptent », a-t-on déclaré chez Justin Trudeau.

L’opposition officielle tentera-t-elle de faire tomber le gouvernement minoritaire ? Pierre Poilievre n’est pas allé jusque là, plaidant que le caucus allait se pencher là-dessus, et signalant que sa formation allait utiliser « tous les outils parlementaires » pour faire en sorte que le gouvernement rende des comptes.

PHOTO JUSTIN TANG, ARCHIVES LA PRESSE CANADIENNE

Le député conservateur Pierre Poilievre

L’un de ces outils consiste à poursuivre les enquêtes en comité parlementaire. La semaine prochaine, on aura droit aux témoignages fort attendus de Justin Trudeau lui-même, de sa chef de cabinet Katie Telford, ainsi que ceux des frères Craig et Marc Kielburger, cofondateurs du Mouvement UNIS.

Les conservateurs n’en sont par ailleurs pas à demander à Justin Trudeau qu’il démissionne. « Je ne m’y objecterais certainement pas », a toutefois lancé Pierre Poilievre en boutade, qualifiant le premier ministre et son ministre des Finances de « machines à briser les lois ».

Dans le camp bloquiste, on réclame depuis quelques jours que le premier ministre cède les commandes de l’État à sa vice-première ministre Chrystia Freeland en attendant que la lumière soit faite sur le scandale UNIS, qui a plongé les libéraux dans la tourmente.

Une autre enquête demandée

Après avoir entendu le récit des voyages de Bill Morneau en comité, les conservateurs et les néo-démocrates ont ouvert un nouveau front en demandant au commissaire aux conflits d'intérêts et à l'éthique, Mario Dion, de déclencher une seconde investigation.

Dans la missive qu'il a fait parvenir à l'agent indépendant du Parlement, le député néo-démocrate Charlie Angus a établi un lien entre ces voyages et celui de Justin Trudeau sur l'île privée de l'Aga Khan, comme il l'avait d'ailleurs fait au comité des finances la veille.

« WE fait peut-être du travail humanitaire, mais comme on l'a vu dans la décision sur l'affaire de l'Aga Khan, il est tout simplement inadmissible pour un ministre de la Couronne d'accepter des cadeaux de cette nature », argue-t-il.

Le commissaire Dion a déjà accepté d'ouvrir une enquête sur Justin Trudeau et sur Bill Morneau afin de déterminer s'ils se sont placés en situation de conflit d'intérêt en participant à la décision de l'octroi du contrat de 912 millions de dollars qui aurait permis à UNIS de toucher jusqu'à 43,5 millions de dollars.

Les liens familiaux étroits entre les familles des deux hommes – la mère, le frère et la femme de Justin Trudeau ont été rémunérés pour des discours livrés pour UNIS, alors que l'une des filles de Bill Morneau est employée contractuelle pour l'organisme – sont à l'origine du déclenchement de ces investigations.