(Ottawa) La sortie de Mélanie Joly sur les allégations anonymes de nature sexuelle visant le chef bloquiste Yves-François Blanchet a mal passé.

Mélanie Marquis Mélanie Marquis
La Presse

Le député bloquiste et ancien chef intérimaire de la formation, Rhéal Fortin, y est allé vendredi d’une riposte en accusant la ministre libérale d’avoir porté atteinte au principe de la présomption d’innocence en réclamant davantage de détails sur les événements qui ont été reprochés dans une publication Facebook anonyme sur la page « Hyènes en jupons », mardi soir.

« Qu’une avocate, députée et ministre, qui incarne à la fois le judiciaire, le législatif et l’exécutif, compromette la présomption d’innocence, qui est un des plus importants fondements de notre système de justice, est très inquiétant », a-t-il pesté dans une déclaration écrite qui a été transmise vendredi après-midi par le parti.

« Comment peut-on donner des explications sur un événement qui n’a pas eu lieu, allégué de façon anonyme, sur un site administré lui aussi de façon anonyme ? Est-ce que Mélanie Joly va également demander des explications publiques à son chef qui avait fait l’objet d’allégations d’inconduites sexuelles ? », s’est demandé M. Fortin.

PHOTO ADRIAN WYLD, LA PRESSE CANADIENNE

Le chef du Bloc québécois, Yves-François Blanchet

Le député fait référence à un événement qui a refait surface en 2018. Dans un article paru dans un média local de la Colombie-Britannique il y a 20 ans, une journaliste avait accusé Justin Trudeau, alors âgé de 28 ans, de l’avoir agrippée de manière inappropriée lors d’un festival de musique britanno-colombien en 2000.

Le premier ministre s’était défendu en disant n’avoir pas « le sentiment d’avoir agi le moins du monde de façon inappropriée » et en affirmant « respect [er] le fait que quelqu’un d’autre ait pu vivre ça différemment », et que « souvent un homme peut considérer une interaction comme bénigne ou non inappropriée et une femme, en particulier dans un contexte professionnel, peut le vivre différemment ».

Le chef Yves-François Blanchet a catégoriquement nié avoir posé les gestes qui lui sont reprochés, lesquels se seraient produits dans un bar de Montréal en 1999, alors qu’il était l’agent du chanteur Éric Lapointe. Il a également soutenu qu’il ne ferait « aucun autre commentaire » sur cette publication, qui a été partagée et commentée des centaines de fois sur Facebook.

Il n’a pas fait de sortie publique depuis.

La ministre Mélanie Joly a ainsi plaidé jeudi que le leader bloquiste ne devrait pas demeurer muet. « Je pense qu’il a des explications à donner. Il faut qu’il s’explique. Je pense que les allégations sont sérieuses […] et dans les circonstances, je pense que M.  Blanchet doit être capable de sortir de son silence et de s’expliquer », a-t-elle soutenu en mêlée de presse du côté de Québec, où elle faisait une annonce.

Elle a par le fait même tenu à saluer le « courage des victimes » qui « décident dans les circonstances d’utiliser les moyens qui sont à leur disposition pour s’exprimer », car « c’est souffrant de passer à travers un processus de dénonciation », les encourageant à « aller chercher les ressources nécessaires pour les aider », a-t-elle offert.