(Ottawa) Le comité d’éthique du Sénat recommande que la suspension de la sénatrice Lynn Beyak de la chambre haute soit levée maintenant qu’elle a suivi une formation contre le racisme et s’est excusée d’avoir publié des lettres désobligeantes sur les peuples autochtones sur son site web.

Joan Bryden
La Presse canadienne

Dans un rapport au Sénat, le comité affirme que Lynn Beyak avait reconnu ses torts et qu’elle s’était engagée à changer après avoir suivi un programme de quatre jours pour se renseigner sur l’histoire autochtone et le rôle du Sénat dans la promotion des droits des minorités.

En conséquence, le comité affirme que Lynn Beyak a rempli les conditions fixées par le Sénat pour retourner à la chambre haute.

Lynn Beyak avait été expulsée du caucus conservateur et avait ensuite été suspendue sans salaire en mai 2019 après avoir refusé de retirer les lettres offensantes de son site Web.

Cette suspension a pris fin automatiquement lorsque le Parlement a été dissous pour les élections fédérales de l’automne dernier.

Mais le Sénat a voté en février pour la suspendre à nouveau, car, alors qu’elle s’était finalement excusée, elle n’avait toujours pas suivi de formation contre le racisme.

Lynn Beyak a suivi la formation en mai. Elle était dirigée par Jonathan Black-Branch, le doyen de la faculté de droit de l’Université du Manitoba, et comprenait sept instructeurs, dont certains étaient autochtones.

Le rapport du comité note « qu’un seul cours n’est peut-être pas suffisant pour entraîner un changement de comportement ou d’attitude sur les questions autochtones. »

Mais sur la base de l’évaluation de la conduite de Lynn Beyak pendant le cours effectuée par Jonathan Black-Branch, le comité a conclu « qu’elle était engagée dans le processus requis, était disposée à apprendre et a effectivement appris ».

Dans une lettre déposée plus tôt ce mois-ci au Sénat, Lynn Beyak s’est de nouveau excusé et a déclaré que le programme de lutte contre le racisme lui a permis de mieux réaliser les effets néfastes causés par la publication des lettres.

Les lettres en question ont été publiées en réponse à un discours de 2017 dans lequel Lynn Beyak a fait valoir que les pensionnats autochtones avaient fait beaucoup de bien aux enfants autochtones, même si beaucoup ont subi des sévices physiques et sexuels et des milliers sont morts de maladie et de malnutrition.

Le responsable de l’éthique du Sénat, Pierre Legault, a conclu en mars 2019 que cinq des lettres en particulier avaient un contenu raciste, suggérant que les autochtones sont des pleurnichards chroniques paresseux qui évoquent la question des pensionnats pour obtenir de l’aide du gouvernement.

Lynn Beyak a refusé pendant près d’un an de supprimer les lettres, se présentant comme une championne de la liberté d’expression et une victime du politiquement correct. Elles ont finalement été retirées de son site Web par l’administration du Sénat.

Le comité d’éthique a estimé initialement que ses excuses étaient insuffisantes et que sa participation aux programmes éducatifs sur le racisme envers les peuples autochtones du Canada était incomplète.

Cette formation avait été fournie par la Fédération des centres d’amitié autochtones de l’Ontario, qui l’avait interrompue après avoir conclu que Lynn Beyak n’avait aucun intérêt à confronter ses opinions sur les peuples autochtones.

Dans sa dernière lettre d’excuses, Lynn Beyak a déclaré qu’elle comprenait maintenant à quel point sa conduite était blessante et a exprimé sa gratitude envers le programme d’éducation organisé par le doyen de la faculté de droit de l’Université du Manitoba.

« J’ai appris une dure leçon sur la compréhension et la compassion : même chez une personne qui arrive à s’élever au-delà des torts subis, la douleur et la méfiance ne s’atténuent pas nécessairement », a-t-elle déclaré.

La lettre de Lynn Beyak, publiée dans les Journaux du Sénat, termine de cette façon :

« J’ai appris de nouvelles manières de militer qui sont empreintes de tact, de compassion et de respect. Encore une fois, je tiens à m’excuser sincèrement et sans réserve pour mes gestes blessants et ma conduite répréhensible. Je suis très reconnaissante envers l’équipe de professeurs qui m’ont montré une nouvelle voie. »