(Québec) Québec solidaire a dénoncé vendredi l’existence d’un « comité bidon » sur le profilage racial, où les corps de police se réunissent depuis 15 ans sans grande constance et sans être capable d’accoucher de mesures significatives.

Gabriel Béland Gabriel Béland
La Presse

La formation politique a mis la main sur les comptes rendus des rencontres du Comité sectoriel issu du milieu policier sur le profilage racial, depuis sa création en 2005. On constate que le comité n’aurait pas tenu une seule rencontre en près de deux ans entre 2016 et 2018.

On peut également lire comment les corps de police et le ministère de la Sécurité publique s’opposent à recueillir des données sur le profilage racial, en comptabilisant les interpellations des membres des minorités visibles.

La collecte de telles données a longtemps été demandée par la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse (CDPDJ).

Ce « comité bidon » a fait preuve de « laxisme » et a tourné en rond, a accusé vendredi le co-porte-parole de Québec solidaire, Gabriel Nadeau-Dubois. « Ça fait longtemps que ce n’est pas une priorité ni au ministère de la Sécurité publique ni au sein des corps policiers du Québec », accuse l’élu.

Dans l’enceinte du Salon bleu, questionnée à ce sujet par le député solidaire, la ministre de la Sécurité publique n’a pas défendu le comité.

« Au moment où je suis arrivée en poste, ça faisait 13 ans que ce comité-là existait, depuis 2005, et qu’il n’avait, à toutes fins pratiques, livré aucune directive, aucune politique, aucune pratique, rien de concret pour encadrer nos organisations policières en matière de profilage racial et social », a affirmé Geneviève Guilbault, avant de critiquer ses prédécesseurs libéraux.

Devant « l’inertie » du comité, Mme Guilbault affirme avoir tenté de le dépoussiérer. « J’ai inclus des représentants de la société civile dans nos travaux parce que ce comité-là était exclusivement formé de policiers et de fonctionnaires du ministère », dit-elle.

Refus de collecter les données

Dans un rapport de 2010 sur le profilage racial, la CDPDJ recommandait que les corps policiers « recueillent et publient systématiquement des données concernant l’appartenance raciale présumée des individus dans le cas des actions policières afin de documenter le phénomène ».

Mais au sein de leur comité sur le profilage racial, les corps de police ont souvent réitéré leur opposition à cette mesure, tout comme le ministère de la Sécurité publique.

« Le SPVM ressent beaucoup de pression » pour collecter ces données, peut-on lire dans un compte rendu d’une rencontre de 2016. Le représentant du SPVM au comité relève alors que plusieurs corps de police aux États-Unis et en Ontario le font. « Puisque cette collecte se fait à d’autres endroits, il est difficile pour le SPVM de justifier pourquoi il ne le ferait pas ».

« Le ministère de la Sécurité publique et plusieurs corps policiers se sont systématiquement opposés à ce qu’on ait une collecte des données fiables sur le profilage racial au Québec », a dénoncé M.  Nadeau-Dubois au Salon bleu. « C’est gênant comme bilan pour la société québécoise. »