(Québec) Le premier ministre François Legault reconnaît que les 200 projets d’infrastructures dans le projet de loi 61 ont été répartis en fonction du poids électoral de son parti au Québec.

Caroline Plante
La Presse canadienne

Il y a 60 % des projets qui sont dans des circonscriptions caquistes, a-t-il déclaré jeudi en conférence de presse, « ce qui représente à peu près la répartition du nombre de députés, quoiqu’on voudrait en avoir plus que 60 %, donc il ne faut pas négliger les autres comtés ».

Le projet de loi 61 prévoit entre autres la construction en accéléré d’écoles, de routes et de réseaux de transport collectif.

Plus tôt, l’opposition libérale avait accusé le gouvernement de la Coalition avenir Québec (CAQ) de s’octroyer des pouvoirs sans précédent et d’utiliser la crise de la COVID-19 pour faire avancer son programme politique.

Le porte-parole libéral pour le Conseil du trésor, Gaétan Barrette, avait pointé à un « élément gênant » du projet de loi 61, soit la promesse de construire 38 maisons des aînés, principalement dans des comtés caquistes.

La ville de Montréal, où la crise sanitaire a frappé le plus fort et où la CAQ n’a fait élire que deux députés, serait la grande oubliée : en vertu de la pièce législative, elle n’obtiendrait que deux de ces maisons.

« Si ce n’est pas faire de la politique avec une crise, je ne sais pas ce que c’est, s’est exclamé M. Barrette. On choisit dans ce projet de loi non seulement de bafouer les règles de la commission Charbonneau, mais aussi de faire de la politique en distribuant aux bons endroits, de façon électoraliste, les maisons des aînés. »

Le projet de loi 61, déposé mercredi par le président du Conseil du trésor Christian Dubé, vise à accélérer 202 projets d’infrastructures dans le but de relancer l’économie. Il propose toutes sortes d’« allègements », notamment en matière d’expropriation et d’environnement, qui ne font que susciter l’inquiétude chez les oppositions.

La période des questions a été entièrement consacrée jeudi au projet de loi 61. Il faut dire que les députés se sont lancés dans un examen approfondi de la pièce législative, car le gouvernement a indiqué qu’il voulait la faire adopter avant la fin de la session parlementaire le 12 juin.

M. Legault a indiqué qu’il excluait le recours au bâillon et préférait travailler en collaboration avec les oppositions. D’ailleurs, 24 heures seulement après avoir déposé son projet de loi, M. Dubé proposait déjà une trentaine d’amendements.

« Je pense que ça serait malheureux de perdre des mois de travail pour beaucoup de gens dans la construction à cause d’une certaine partisanerie », a tout de même lancé François Legault à l’endroit des partis d’opposition, qui pourraient être tentés de ralentir les travaux.

« Gigantesque chèque en blanc »

En outre, M. Barrette a prévenu en point de presse jeudi contre un « danger pour les contribuables », qui risquent de voir les coûts exploser si l’on n’applique pas scrupuleusement toutes les règles entourant la gestion des projets.

Mercredi, la vérificatrice générale avait noté dans son rapport l’importante pénurie d’ingénieurs au ministère des Transports, de même que le manque de rigueur dans l’estimation des coûts des travaux à effectuer.

Le leader parlementaire de Québec solidaire, Gabriel Nadeau-Dubois, a aussi sauté dans la mêlée en soulevant un autre volet « inquiétant » du projet de loi.

D’après lui, la CAQ, qui vise à prolonger l’état d’urgence sanitaire « ad vitam aeternam », prend goût à gérer le Québec sans débat démocratique.

Depuis le 13 mars dernier, le gouvernement se doit de prolonger l’état d’urgence, qui lui confère des pouvoirs exceptionnels, par décret tous les 10 jours.

Or, avec l’adoption du projet de loi 61, il aura « un gigantesque chèque en blanc (lui donnant) la permission de faire ce qu’[il] veut, comment [il] veut, pendant le temps qu’[il] veut », a affirmé M. Nadeau-Dubois.

« Le poids et contrepoids, c’est ce qu’il n’y avait pas suffisamment dans l’époque de Maurice Duplessis », a pour sa part lancé le leader parlementaire du Parti libéral, Marc Tanguay.

M. Legault a plaidé en Chambre qu’on n’avait plus le loisir au Québec de « laisser les projets traîner ». Il a affirmé que si son gouvernement n’agissait pas immédiatement, aucun progrès ne serait fait sur la ligne bleue du métro de Montréal pendant les deux prochaines années.

« Réduisons ces délais, sans réduire les exigences, pour le bien des Québécois », a-t-il déclaré.

L’objectif du projet de loi 61 est également de « faire travailler les gens dans le domaine de la construction », a ajouté le premier ministre, qui note que le taux de chômage au Québec est actuellement de 17 %.

Pour sa part, le Parti québécois (PQ) a dit craindre que la CAQ ne relance la collusion et la corruption au Québec. « La CAQ nous magasine une deuxième commission Charbonneau », a raillé le leader parlementaire du PQ, Martin Ouellet.