(OTTAWA) Quelque 10 000 logements abordables sont à risque au Québec parce que le gouvernement Trudeau et celui de François Legault sont incapables de s’entendre sur les modalités du transfert d’une somme de 1,5 milliard qui doit être versée à la province sur une période de 10 ans dans le cadre de la Stratégie nationale sur le logement annoncée par Ottawa.

Joël-Denis Bellavance Joël-Denis Bellavance
La Presse

Des offres d’achat sur les terrains où doivent être construits ces 10 000 logements ne peuvent pas être maintenues indéfiniment, a prévenu Alain Marcoux, président de l’Association des groupes de ressources techniques du Québec (AGRTQ), dans une entrevue à La Presse.

En tout, environ 6000 logements qui sont dans les cartons de l’AGRTQ seraient construits dans la région de Montréal. Dans le reste de la province, on en dénombre 4000 autres, a précisé M. Marcoux.

« Nous avons 180 projets dans nos cartons dans les différentes régions du Québec qui sont prêts à développer, dont 70 projets à Montréal », a indiqué M. Marcoux.

On est prêts à relever le défi d’un grand chantier. Mais on ne peut pas maintenir les offres d’achat sur les terrains pendant très longtemps pour construire ces 10 000 logements.

Alain Marcoux, président de l’AGRTQ

Son association représente un réseau d’entreprises d’économie sociale — les Groupes de ressources techniques (GRT) — et travaille au financement et au développement de l’habitation communautaire partout au Québec afin de répondre aux besoins des ménages à faible ou modeste revenu.

Selon des informations obtenues par La Presse, l’absence d’une entente inquiète les ministres et les députés libéraux fédéraux du Québec. « Il serait peut-être temps que le premier ministre Justin Trudeau prenne le téléphone et règle ce dossier », a-t-on fait valoir dans les rangs libéraux.

Lancée en 2017, la Stratégie nationale sur le logement vise à créer 100 000 logements, combler les besoins en logement de 530 000 familles en plus de réparer et de renouveler plus de 300 000 logements communautaires. On vise aussi à réduire de moitié l’itinérance chronique.

Des critères nationaux

Le gouvernement Trudeau a réussi à conclure une entente bilatérale avec l’ensemble des neuf autres provinces au cours des deux dernières années. Mais les négociations entre Québec et Ottawa traînent en longueur depuis plus d’un an. Le Québec tient à avoir la maîtrise d’œuvre de la planification et de la gestion des services de logement en utilisant les cadres existants, alors que le gouvernement Trudeau juge que les investissements qu’il compte effectuer dans le cadre de sa Stratégie nationale sur le logement sont si importants qu’ils doivent impérativement respecter des critères nationaux.

« On avait salué l’annonce d’une Stratégie nationale sur le logement il y a deux ans. Ce qui nous déçoit énormément, c’est que l’ensemble des provinces au Canada ont signé des ententes avec le fédéral et bénéficient de ces sommes. Mais le Québec est la seule province qui n’a pas d’entente », a affirmé M. Marcoux.

Quelque part, les ménages québécois à faible revenu paient le prix de cette mauvaise entente entre les deux ordres de gouvernement.

Alain Marcoux

« L’habitation, ça ne se développe pas en quelques semaines. Les projets sur lesquels on travaille aujourd’hui vont se réaliser dans deux ans ou trois ans. Il faut vraiment ne pas tarder. […] Ce blocage nous apparaît complètement loufoque, d’autant qu’on ne parle pas de quelques mois. Ça fait quand même deux ans que ça traîne et nous sommes actuellement dans une période de crise. C’est inacceptable que cet argent-là ne soit pas canalisé », a-t-il ajouté.

Récemment, les maires des 10 grandes villes du Québec ont envoyé une lettre au premier ministre Justin Trudeau et à son homologue québécois François Legault les exhortant à régler ce dossier le plus rapidement possible. 

Au bureau du ministre de la Famille, des Enfants et du Développement social, Ahmed Hussen, qui est responsable de ce dossier, on a répété à La Presse mercredi que les négociations se poursuivaient. Mais on refuse d’établir un échéancier.