(Québec) Le gouvernement Legault s’est engagé mardi à présenter un plan de lutte contre le racisme et à la discrimination, alors que la mort de George Floyd aux États-Unis mène le Québec à réfléchir sur ses propres problèmes de discrimination et de violence raciale.

Hugo Pilon-Larose Hugo Pilon-Larose
La Presse

François Legault estime que la lutte contre le racisme doit d’abord s’inscrire dans le cursus scolaire. « Le racisme n’est pas inné, ça se transmet. Et il faut que l’école serve comme une partie de la solution pour lutter contre le racisme », a dit le premier ministre, mardi, alors que l’Assemblée nationale adoptait à l’unanimité une motion initiée par Québec solidaire pour déplorer « le meurtre de George Floyd par un policier américain ».

Au Québec, ont précisé tour à tour les parlementaires, le racisme se manifeste entre autres dans les difficultés qu’ont certaines minorités à louer un logement ou à décrocher un emploi. M. Legault s’est engagé mardi à redoubler d’efforts afin que la fonction publique soit représentative des diversités culturelles qui composent la société québécoise.

Le premier ministre a aussi affirmé que son gouvernement enverrait « des directives claires » aux corps policiers contre le profilage racial avec la modernisation de la loi sur la police.

« Mais il faut éviter d’importer un climat d’affrontement comme on le voit aux États-Unis. Il faut éviter aussi de blâmer tous les policiers en bloc. Ce n’est pas parce qu’il y a des individus racistes qu’on doit condamner toutes les femmes et tous les hommes qui servent dans nos corps de police », a-t-il dit.

Systémique, le racisme ?

Le débat sur le caractère « systémique » ou non du racisme tel que vécu au Québec s’est à nouveau invité mardi au Parlement. La cheffe de Québec solidaire, Manon Massé, a expliqué en matinée qu’elle avait volontairement omis de mettre ce mot dans la motion afin qu’elle soit adoptée à l’unanimité par les parlementaires.

Mais dans son discours au Salon bleu, Mme Massé a déploré qu’après six ans à siéger comme députée à l’Assemblée nationale, « le mot systémique [est] comme un oignon qu’on a au pied : personne veut en parler ».

« Ça ne veut pas dire qu’on n’est pas capable de se rejoindre. On n’est pas aux États-Unis, on est au Québec. Je sais qu’on est capable […] de se parler. Mais pour ça, il faut qu’on soit capable de dire, de nommer : racisme, profilage, systémique », a-t-elle dit.

« Le racisme existe, c’est un fait. Marginaliser le racisme, éviter de faire ce débat qu’il suscite ne dessert pas personne. Au contraire. La force et la résilience d’un peuple résident en sa capacité de regarder son histoire, le fond de son âme et y puiser toute la bienveillance et l’empathie afin de reconnaître ses failles et de se rappeler son devoir […] de protéger l’ensemble de ses citoyens », a ensuite affirmé la cheffe du Parti libéral, Dominique Anglade.

PHOTO JACQUES BOISSINOT, LA PRESSE CANADIENNE

La cheffe du Parti libéral, Dominique Anglade.

« [Le] meurtre [de George Floyd], commis de sang-froid, est une tragédie et la dernière d’une série. beaucoup trop longue. Il faut le dénoncer […] de façon pacifique », a ensuite enchaîné la députée péquiste Méganne Perry-Mélançon, qui prenait la parole au pied levé, après que le chef par intérim du Parti québécois, Pascal Bérubé, eut quitté le Salon bleu après une période de questions houleuse.

« Le premier pas vers la guérison, c’est de reconnaître qu’il y a un problème, quelle que soit son envergure. Si on se regarde honnêtement dans le miroir, on doit l’admettre : oui, le racisme et la discrimination existent, y compris au Québec », a ajouté Mme Perry-Mélançon.