(Ottawa) Il incombera au prochain chef du Parti conservateur de décider s’il est justifié de recourir au programme de subvention salariale pour rémunérer les employés du parti, estime le chef intérimaire conservateur Andrew Scheer.

Joël-Denis Bellavance Joël-Denis Bellavance
La Presse

En conférence de presse, lundi, M. Scheer a refusé de se prononcer sur le bien-fondé de la décision des dirigeants de son parti de soumettre une demande en vertu de ce programme d’urgence mis sur pied par le gouvernement Trudeau pour soutenir les entreprises et d’autres organisations à but non lucratif durement affectées par la crise de la COVID-19.

Il a soutenu que cette décision avait été prise par les dirigeants du parti, mais il a pris soin de noter que les deux principaux candidats à sa succession, l’ancien ministre de la Justice Peter MacKay et l’ex-ministre des Anciens combattants Erin O’Toole, ont promis de mettre fin à cette pratique s’ils prennent les commandes du parti en août.

Le Parti libéral a aussi soumis une demande en vertu de ce nouveau programme et reçoit également une subvention pour payer une partie des salaires des employés du parti.

« C’est une décision que le parti a prise. Je n’ai pas de commentaire à ajouter. Et les candidats dans la course à la direction ont exprimé leur position et ils vont prendre leur décision après la date du scrutin [du prochain chef] », a simplement dit M. Scheer.

Depuis une dizaine de jours, le Bloc québécois dénonce sans ménagement la décision du Parti libéral du Canada et du Parti conservateur de recourir au programme de subvention salariale pour rémunérer leurs employés respectifs durant la pandémie de COVID-19 alors que les propriétaires de petites et moyennes entreprises n’arrivent pas à obtenir un sou de cette mesure d’urgence mise sur pied par le gouvernement Trudeau.

Le premier ministre Justin Trudeau a défendu l’usage général de ce programme en soutenant que la subvention salariale est offerte aux entreprises, aux organismes à but non lucratif et tout autre organisation qui répond aux critères afin de préserver les liens qui existent entre les employeurs et les travailleurs.

Le chef bloquiste Yves-François Blanchet  a dit juger « profondément inacceptable » et « épouvantable » de voir ces deux partis recevoir des fonds publics de la sorte alors que le Parti libéral a recueilli 2 millions de dollars en dons au premier trimestre de l’année, tandis que le Parti conservateur a empoché 4 millions durant la même période. Il a sommé les deux partis à faire marche arrière.

« Le Parti libéral de Justin Trudeau se finance avec l’argent de ses propres programmes. Des programmes qui ont été créés pour éviter la faillite à des entreprises et à des particuliers servent aujourd’hui à financer les deux partis les plus riches du Canada », a-t-il ajouté.

Les porte-parole de ces partis politiques ont confirmé il y a deux semaines avoir recours à la subvention salariale d’urgence pour éviter de licencier leurs employés alors que les dons se tarissent pendant la pandémie de COVID-19. Les deux partis ont tous deux été approuvés pour recevoir la subvention salariale de 75 %. Le NPD et le Parti vert ont aussi présenté une demande.

Le Bloc québécois n’a guère soumis une demande pour obtenir cette subvention.

Dans le cadre du programme de 73 milliards, le gouvernement fédéral couvre 75 % des salaires - jusqu’à un maximum de 847 $ par semaine, par employé - pour les entreprises et organisations admissibles. Le programme devait initialement s’appliquer à la période du 15 mars au 6 juin, mais il a été prolongé jusqu’à la fin août.

Pour être admissible, une entreprise ou une organisation doit avoir eu une baisse de revenu de 15 % en mars ou de 30 % en avril ou mai, selon différentes méthodes de calcul - des conditions que quatre des cinq partis fédéraux croient respecter.

Les partis politiques comptent beaucoup sur les dons pour financer leurs opérations, mais ils ont dû suspendre leurs activités de collecte de fonds en personne depuis la mi-mars, lorsque le confinement a été imposé partout au pays pour freiner la propagation de la COVID-19. Ils ont également diminué, ou arrêté complètement, leurs collectes de fonds auprès de leurs partisans, reconnaissant que beaucoup d’entre eux ont perdu leur emploi et des revenus en raison de la pandémie et ne sont pas en mesure de donner de l’argent aux partis politiques.