(Ottawa) Le gouvernement canadien critique avec des alliés la mesure qui vient d’être adoptée par le régime de Xi Jinping pour tenter de reprendre un ascendant sur Hong Kong.

Mélanie Marquis Mélanie Marquis
La Presse

« Les signataires de la présente déclaration réitèrent leur profonde inquiétude quant à la décision de Pékin d’imposer une loi sur la sécurité nationale à Hong Kong », écrivent jeudi dans une déclaration conjointe le ministre des Affaires étrangères du Canada, François-Philippe Champagne et ses homologues Dominic Raab (Grande-Bretagne) Marise Payne (Australie) et Michael Pompeo (États-Unis).

« La décision de la Chine d’imposer la nouvelle loi sur la sécurité nationale à Hong Kong est en conflit direct avec ses obligations internationales en vertu des principes juridiquement contraignants de la Déclaration commune sino-britannique enregistrée par les Nations Unies. La proposition de loi minerait le cadre "Un pays, deux systèmes" », poursuivent les signataires.

« Hong Kong s’est épanouie comme un bastion de la liberté [...] L’imposition directe par Pékin à Hong Kong de sa législation en matière de sécurité nationale, outrepassant les institutions de Hong Kong et au mépris de l’article 23 de la Loi fondamentale, réduirait les libertés du peuple de Hong Kong et, ce faisant, éroderait considérablement l’autonomie et le système qui l’a rendu si prospère », tranchent-ils.

Le Parlement chinois a adopté jeudi une disposition controversée sur la sécurité nationale à Hong Kong, en réaction aux manifestations de l’an dernier dans l’ex-colonie britannique. Les quelque 3000 députés de l’Assemblée nationale populaire (ANP) ont adopté la mesure qui a déjà provoqué un regain d’agitation dans la région autonome du Sud de la Chine. Seul un député a voté contre et six se sont abstenus.

Le vote a été salué par de longs applaudissements dans le cadre solennel du Palais du peuple à Pékin, en présence du président Xi Jinping. La Chine a fait de cette loi une priorité après les manifestations de 2019 contre le pouvoir central, qui avaient donné lieu à des violences et alimenté un sentiment indépendantiste dans l'ancienne colonie rétrocédée par la Grande-Bretagne en 1997.

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Le Parlement chinois a adopté jeudi une disposition controversée sur la sécurité nationale à Hong Kong.

À l'issue d'une séance qui a réuni une cinquantaine de chefs d'États, le secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres, a décliné l'invitation de dire si la disposition adoptée à Pékin viole la déclaration commune sino-britannique de 1984. « Je n'ai pas l'intention d'aller ailleurs que les discussions qui sont à l'ordre du jour », a-t-il lancé.

Le premier ministre Justin Trudeau n'a pas non plus commenté.

Des reproches sur fond de tensions

Il n'a pas voulu non plus dire s'il craignait que le revers encaissé la veille par Meng Wanzhou, la directrice financière du géant chinois des télécommunications Huawei, pourrait inciter le régime de Xi Jinping à frapper Ottawa de représailles économiques, notamment en ce qui a trait à l'envoi de matériel médicale de protection dont le Canada a grandement besoin en contexte de crise sanitaire.

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La directrice financière du géant chinois des télécommunications Huawei, Meng Wanzhou.

Le premier ministre s'est contenté de réitérer que le système judiciaire agissait en toute indépendance au Canada, et que le gouvernement ne s'ingérait pas dans ces décisions. « Je dois souligner qu'il y a d'autres étapes pour Mme Meng à l'intérieur du processus judiciaire », a-t-il tenu à rappeler en faisant référence à la procédure d'extradition qui a été autorisée à suivre son cours mercredi par la Cour suprême de la Colombie-Britannique.

La décision du tribunal, qui peut être portée en appel, a suscité l'ire de Pékin. L’ambassade chinoise au Canada a fustigé tant les autorités gouvernementales que judiciaires canadiennes, les exhortant à relâcher la femme d’affaires âgée de 48 ans.

« Les États-Unis et le Canada, en abusant de leur traité d’extradition bilatéral et en prenant des mesures fermes et arbitraires contre Mme Meng Wanzhou, ont gravement violé les droits et les intérêts légaux de ladite citoyenne chinoise », a pesté dans un communiqué un porte-parole de la mission diplomatique.

« L’objectif des États-Unis est d’anéantir Huawei et d’autres compagnies de haute technologie chinoises, et le Canada a agi comme complice des États-Unis. Ce cas n’est rien d’autre qu’un grave incident politique », a ajouté ce représentant non identifié dans la même déclaration écrite.

La décision fait craindre pour le sort des deux Canadiens détenus arbitrairement en Chine, l'ex-diplomate Michael Kovrig et l'entrepreneur Michael Spavor, qui ont été arrêtés le 1er décembre 2018. On les accuse d'avoir porté atteinte à la sécurité nationale chinoise, des accusations considérées bidon par la plupart des spécialistes.

- Avec l’Agence France-Presse